11 août 1916 : Longchamp conservé !

Le Petit Parisien du 11 août 1916 donne l’épilogue de la controverse qui a secoué l’hippodrome de Longchamp ces derniers jours.

On y apprend que la « visite que fit avant-hier, au nom de la société d’encouragement, l’un de ses membres, le baron Gourgaud, au président du conseil municipal [de Paris, nldr], porta ses fruits […] les splendides pistes sont donc sauvées du péril qui les menaçait ».

Mais de quelle menace s’agit-il ? Tout simplement d’établir un parc automobile dans le champ de courses de Longchamp. Plus particulièrement, il s’agit d’y installer une école de conducteur de gros tracteurs qui dépend du service automobile des armées. Ce service est lui-même chargé de la gestion du parc automobile (6.000 véhicules en 1914).

Henri Rousselle (1866-1925), président du conseil général de la Seine, est vent debout contre ce projet qui aurait « pour inconvénient d’abîmer l’un des plus jolis coins du bois de Boulogne, une des promenades les plus chères aux Parisiens […] », explique-t-il au Petit Parisien du 9 août en soulignant que ce projet « constituerait un véritable acte de vandalisme ». André Gent, syndic du conseil municipal de Paris, lui fait chorus : « C’est un tableau classique auquel il ne faut pas toucher. » Il faut dire que c’est à un monument que certains veulent s’attaquer.

En effet, la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France commence à organiser ses courses en 1833, au Champ-de-Mars, un terrain guère propice à ce type d’activités. C’est en 1857 que Napoléon III prévoit la création d’un hippodrome dans l’ouest de Paris, à l’occasion des travaux d’embellissement du bois de Boulogne, sous l’amicale pression de la Société d’encouragement. La plaine de Longchamp (plus de 50 hectares) est choisie et c’est l’architecte Antoine-Nicolas Bailly qui en dresse les plans et le dote de tribunes permanentes. Il est inauguré le 26 avril 1857.

À la déclaration de guerre, Longchamp est réquisitionné comme nombre de champs de courses. C’est notamment le cas de l’hippodrome des Bruyères, près de Rouen, qui est d’abord réquisitionné pour l’armée britannique, qui le transforme en vaste champ médical pour l’accueil de ses soldats blessés et rapatriés du front, notamment de la Somme.

En ce mois d’août 1916, l’hippodrome de Longchamp, réquisitionné dès août 1914, sert toujours de pâture à des vaches destinées à assurer le ravitaillement de Paris. En effet, les chevaux ont été aussi réquisitionnés pour le front. On estime à environ 950.000 les chevaux qui seront réquisitionnés de 1914 à 1918 pour les 89 régiments de cavalerie, les chevaux de monte étant réservés aux officiers.

Le projet de parc automobile pourrait rendre le champ de courses « impraticable pour longtemps », assure Henri Rousselle. D’ailleurs, selon Le Petit Parisien du 10 août, « les autorités militaires de la place parisienne [ont été] opposées dès le début à cet acte de vandalisme » et ont « refusé de le sanctionner ». Il est question d’installer ce parc automobile à Bagatelle. Ce projet non plus ne verra pas le jour.

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