10-11 août : l’affaire de Lagarde (1/2)

En ce 10 août, les régiments français commencent à rebrousser chemin devant l’arrivée massive et destructrice de l’ennemi. Ils doivent évacuer Mulhouse, Dornach, Cernay, Rixheim, Walbach, Altkirch… Cette journée est aussi marquée par le premier grand combat de la guerre. Il a lieu à Lagarde, une petite commune du département de la Meurthe (aujourd’hui la Moselle) d’environ 500 habitants, annexée par les Allemands en 1870. Ce combat a tellement de répercussions et fait l’objet de tant de polémiques qu’il devient vite “l’affaire de Lagarde”.

Les consignes du général de Castelnau, commandant la IIe armée et surnommé le « Capucin botté » par Clemenceau, sont claires : « Éviter toute escarmouche tant que la concentration des troupes n’est pas terminée », ce qui doit être effectué pour le 14 août.

Sur le terrain, l’état-major de la 2e division de cavalerie (DC) est informé des mouvements et parfois des accrochages qui ont lieu dans les environs de Lagarde. Ainsi le 7 août, un détachement de huit cavaliers du 20e régiment de dragons a effectué une reconnaissance sur les villages de Xures et Lagarde, et a déploré son premier mort (le cavalier Charbin) ; le matin du 8 août, le peloton Clermont-Tonnerre du 17e régiment de chasseurs a reçu des coups feu venant de Lagarde, tuant le sous-lieutenant Lepelletier et le chasseur Herbault. En tout début d’après-midi du 10, le capitaine Callies de l’état-major de la 2e DC rencontre le sous-lieutenant Verny du 15e régiment de dragons. Ce dernier lui indique avoir chargé des cavaliers du 6e chevau-légers bavarois et les avoir mis en fuite. Sans être offensifs, les Allemands sont bien présents. Malgré les reconnaissances répétées, les renseignements français restent imprécis pour connaître exactement leur volume, leur nombre et leur attitude.

Sur sa propre initiative, sans tenir compte des ordres du général de Castelnau et sans en référer au Grand quartier général, le général Lescot commandant la 2e DC envisage alors de franchir la frontière – elle est très proche – et de « prendre » le village de Lagarde. « Les troupes seront tenues prêtes à marcher à partir de 16 heures 30 », ordonne-t-il. L’assaut est donné à l’heure dite. Les batteries du 19e régiment d’artillerie de campagne (RAC) ouvrent le feu sur les positions ennemies et couvrent l’avancée de l’infanterie. À 18 h 45, les troupes françaises sont à moins de trois kilomètres du village de Lagarde. Peu avant le village, elles rencontrent une forte résistance allemande qu’elles défont… à la baïonnette. Ce n’est qu’à 20 h 30 que le 58e RI aborde le village et qu’il le libère.

Le général Lescot informe la 30e division d’infanterie qu’il a « enlevé Lagarde à la baïonnette après combat ». La joie n’est que de courte durée. Le lendemain 11 août, à 8 h 30, une salve d’artillerie passe au-dessus du village. C’est le signal ! L’armée impériale contre-attaque…

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