L’armée aura désormais un fusil… acheté à l’étranger


Ancien président du Comité économique de l’OTAN chargé d’évaluer les ressources consacrées à la sécurité et à la défense des différents pays de l’Alliance Atlantique, il dirige aujourd’hui l’Institut de géopolitique des populations

 

Mis en service dans les années 80, notre vieux FAMAS – le « clairon » pour les initiés, en raison de sa forme insolite –, après une trentaine d’années de bons et loyaux services, ne sera pas, en toute vraisemblance, remplacé par une arme de fabrication française. À dire vrai, le FAMAS avait fait son temps, surtout en ce qui concerne son système de visée quelque peu archaïque. On a fait bien mieux depuis avec la mise au point de la visée au laser.

Quoi qu’il en soit, après la reconversion de la vénérable Manufacture d’armes de Saint-Étienne vers les outils de jardin, plus personne ne semble être capable en France, en respectant les spécifications de la DGA, de fabriquer un fusil d’assaut moderne digne de ce nom. Cela en dit long sur la dégradation de notre outil industriel, depuis une trentaine d’années, que l’on s’attache à « détricoter » d’année en année, toujours pour le bon motif : la réglementation européenne, celle de la DGA ou que sais-je encore…

Tous les prétextes sont bons. La DGA exige un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros. L’Europe impose un appel d’offre européen. Et pendant ce temps-là, le chômage augmente. Et pourtant, le marché offert pour rééquiper nos armées en armes légères n’est pas mineur : près de 400 millions d’euros pour plusieurs dizaines de milliers d’unités. Tant pis. Cette commande ira à l’étranger, comme tant de produits industriels demandés mais non fabriqués chez nous. Nous sommes capables de produire des Rafale ou des Mistral, mais pas de fusil d’assaut. Or, l’affaire n’est pas sans importance. Qui ne voit que, d’année en année, nos armées sont contraintes d’intervenir militairement de plus en plus fréquemment pour lutter contre la menace islamiste de plus en plus présente, et menaçante, en Afrique, mais aussi sur d’autres théâtres d’opérations, souvent en milieu désertique ou en montagne.

Les adversaires auxquels nous avons affaire ne sont pas non plus des enfants de chœur. Ils sont bien entraînés, bien équipés grâce à l’argent du pétrole, et surtout très motivés. Il est difficile d’envoyer contre eux nos soldats équipés de lance-pierres.

Alors il faudra aller se servir à l’étranger. Il est vrai que l’offre est riche entre le G36 allemand, le M16 amélioré américain, le vénérable AK-74 russe bientôt remplacé par le nouveau AK-12. Toutes ces armes ont leurs qualités et leurs défauts. Mais le bijou est sans conteste le nouveau Tavor israélien : précis, léger, peu encombrant, rustique, c’est, au fusil d‘assaut, ce qu’est la Maserati à la Formule 1 ou la truffe aux champignons. Car c’est l’arme idéale pour les combats en zone urbaine ou en terrain accidenté montagnard. C’est le cas des troupes françaises engagées au nord du Mali. La DGA devrait s’en souvenir à l’heure du choix.

Envie que vos amis découvrent cet article ?
Partagez-le !

Recevez gratuitement nos articles !


Ancien président du Comité économique de l’OTAN chargé d’évaluer les ressources consacrées à la sécurité et à la défense des différents pays de l’Alliance Atlantique, il dirige aujourd’hui l’Institut de géopolitique des populations

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.