Mgr Yousif Habash : Nous ne devons pas mélanger les nations et les civilisations de façon absurde !


Évêque syriaque catholique des États-Unis et du Canada

 

Monseigneur Yousif Habash est l’évêque syriaque catholique des États-Unis et du Canada. Originaire de Qaraqosh, en Irak, il réagit à la situation des chrétiens de son pays, persécutés par les djihadistes de l’État islamique, et à la réponse militaire des pays occidentaux.

Entretien réalisé par Charles Le Bourgeois, journaliste

Comment vous sentez-vous face à la situation dramatique que vivent les chrétiens d’Irak ?

Les nouvelles des chrétiens d’Irak sont bien tristes. Ce n’est plus l’Irak que nous avons connu. Les islamistes ont détruit un pays qui devait être un symbole de culture et de civilisation pour tout le monde, pas seulement pour les Irakiens et le Moyen-Orient. Aujourd’hui, les principales victimes de ce qui se passe en Irak sont les minorités chrétiennes. Pourtant, nous sommes les authentiques Irakiens. Nous sommes en Irak, nous les chrétiens, avant les musulmans, avant les Kurdes. Nous sommes les héritiers du pays ; c’est nous qui l’avons construit. Mais notre foi chrétienne nous demande d’accepter les autres, et c’est ce que nous faisons. À cause de cela, notre civilisation ne peut pas être chrétienne. Certains en ont profité et ont abusé de cet amour que nous donnions. Nous, chrétiens, n’avons pas d’armes, pas de pétrole, nous ne crions pas violence ; voilà pourquoi nous n’avons pas de place en Irak et au Moyen-Orient. Aujourd’hui, malheureusement, ceux qui ont la chance d’y rester et de dominer sont ceux qui ont des armes, des bombes, des chars, des tanks, et qui veulent la mort des autres. Nous, chrétiens, n’avons qu’à donner, servir et protéger la vie. Nous sommes des gens de paix, et donc ils n’ont pas besoin de nous !

Votre famille est en Irak. Est-ce que vous avez des nouvelles ? Est-elle encore en vie ?

Je viens d’une petite ville au nord de l’Irak nommée Qaraqosh ; c’est une petite île dans un océan musulman. Tout le monde était chrétien, et tout le monde a été chassé. En moins de 24 heures, la ville a été vidée de ses habitants. J’avais trois frères là-bas, je ne sais pas où ils sont maintenant. Ma sœur aînée a 13 enfants et je ne sais pas où ils sont non plus. Mais tous sont des victimes de l’injustice, de la violence et du mal qui règnent dans la région pour casser et briser les innocents. Alors, évidemment, je souffre parce qu’ils ont tout perdu ; mais d’un autre côté, il y a quelque chose qui me rend fier : tous les chrétiens de Qaraqosh ont été obligés de se convertir à l’islam, et ils ont refusé. Ils auraient pu rester chez eux et avoir une vie tranquille, mais ils ont préféré souffrir pour leur foi car c’est là qu’ils puisent leur bonheur. D’un point de vue humain, c’est triste, mais au regard de la foi, c’est magnifique comme témoignage ; je suis fier de mes parents, citoyens, frères et sœurs irakiens.

Que pensez-vous de l’intervention des pays occidentaux en Irak pour stopper l’avancée de l’État islamique ?

Vous savez, les chrétiens en Irak ou au Moyen-Orient n’ont pas besoin de la protection des Européens. Protégez-vous vous-mêmes ! Nous, nous savons comment faire pour gérer nos souffrances, mais vous, les Européens, vous êtes pauvres. Vous ne savez pas comment les générations futures vont vous maudire. Ils vont maudire leurs grands-parents parce que les Européens, aujourd’hui, agissent sans sagesse vis-à-vis de leur nation et de son avenir. S’ils veulent vraiment servir la paix et leur pays, ils doivent enseigner et aider les musulmans et les Arabes dans leur pays, et non pas en France. Nous pouvons construire un monde avec des nations indépendantes qui peuvent s’entraider, mais nous ne devons pas mélanger les nations et les civilisations de façon absurde.

Donc les populations menacées, persécutées, qui veulent fuir les violences doivent, en fait, rester dans leur pays ?

On peut créer des lois pour protéger les gens menacés dans leur pays. Je ne veux pas quitter mon village. Les gens de Qaraqosh veulent y rester. On comprend que Paris est une ville de lumière, de luxure, de civilisation, de rêve…mais je n’en n’ai pas besoin ! Gardez la France pour vous ! Vous avez bien raison d’être français, d’aimer votre pays… et moi, j’aime mon petit village. Pourquoi me déplacer, pourquoi me chasser ? Vous dites que vous voulez protéger nos villes ; non ! Si vous êtes vraiment justes, si vraiment vous aimez la paix, venez et bâtissez un régime de justice… Chacun reste là où il a été créé. J’aime mon village, laissez-moi ici. C’est là où je trouve ma joie.

Quel message souhaitez-vous lancer aujourd’hui aux chrétiens d’Irak ?

Je suis fier des citoyens de Qaraqosh et des chrétiens d’Irak. Ils ont été glorieusement fidèles à leur chrétienté. En devenant musulmans, ils auraient pu vivre paisiblement, mais ils ont refusé, par fidélité au Christ, malgré les menaces de mort. Ils ont voulu vivre et mourir pour Jésus. Ils ont sacrifié leurs maisons, leur mémoire, leurs souvenirs, leur repos, ils ont tout perdu. Comme c’est magnifique, la splendeur des chrétiens d’Irak, du courage de Ninive. Aujourd’hui ce n’est pas facile d’être chrétien, mais nous avons des chrétiens en or, nous avons des chrétiens incroyables, plus forts que la mort. L’amour est plus fort que la mort, et nous en avons un bel exemple chez les chrétiens d’Irak.

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