Armées - Editoriaux - International - Théâtre - 27 octobre 2015

Yémen, ou la guerre par procuration

Les combats se poursuivent au Yémen, où les rebelles houthis ont bloqué un convoi de Médecins sans frontières et où, en mai dernier, une très forte explosion à Sanaa a eu un certain retentissement médiatique. Certains évoquaient l’emploi d’une arme nucléaire tactique par les Saoudiens.

Rappelons que le Yémen n’est unifié que depuis 1994. La situation sur place est au moins aussi complexe qu’en Syrie. Le Yémen est devenu l’autre champ de bataille de cette guerre par procuration que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux « champions » du sunnisme et du chiisme.

Au nord-ouest du Yémen, c’est le pays de la minorité houthie, des zaïdites (une branche du chiisme), qui compte pour environ 30 % de la population du pays, et qui affrontait l’État yéménite depuis 10 ans avant de réussir à s’emparer de la capitale, Sanaa, le 21 septembre 2014. Le 5 février 2015, ils créaient le Comité révolutionnaire, pour succéder « provisoirement » au président Hadi, comité dénoncé par les États-Unis et les monarchies du Golfe.

Les Houthis ont un slogan simple: « Dieu est grand, mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction sur les juifs, victoire de l’islam. » Les Houthis ont été appuyés par une partie des forces armées yéménites sous les ordres du fils de l’ancien président Ali Abdallah Saleh.

Au sud, les indépendantistes voudraient faire d’Aden la capitale d’un État séparé. Dans les provinces, on trouve une mosaïque de tribus sunnites, quelques minorités chiites, parfois en guerre contre le gouvernement, souvent liguées entre elles contre les Houthis, parfois alliées à Al-Qaïda qui a pris le nom local d’Ansar al-Shari’a, et dont des éléments se sont ralliés à l’État islamique.

Comme si cela ne suffisait pas, les Saoudiens et leurs alliés, qataris, koweïtiens, émiratis, égyptiens, jordaniens, soudanais, marocains et somaliens, font la guerre aux Houthis depuis le 25 mars, unis derrière la bannière du sunnisme. Les Américains leur apportent soutien logistique, le renseignement, l’appui de l’aviation et des drones.

Le Yémen est le théâtre d’attaques de drones depuis 2002. Ces engins sont pilotés depuis une base en Arabie saoudite, et depuis les camps Lemonnier et Chabelley à Djibouti avec au moins 16 drones MQ-1 Predator et MQ-9 Reaper. Les missions sont dirigées par le Joint Special Operations Command et la CIA. On compte au moins 486 morts, dont de nombreux civils, et si, au départ, les cibles étaient surtout des combattants d’Al-Qaïda, les Houthis ont également été frappés.

Cette guerre, qui mène le Yémen vers une possible partition, arrange les affaires de Riyad, qui ne se gêne pas pour intervenir chez son voisin du sud. Un Yémen unifié est considéré comme un danger par l’Arabie saoudite, surtout sous la domination de la minorité chiite proche de l’Iran. La guerre du Yémen est un conflit pour la suprématie du Moyen-Orient qui risque, à terme, d’entraîner les grandes puissances.

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