Gauche : haro sur Fillon… à l’aveuglette !

Docteur en droit, écrivain, compositeur
 

Ça recommence ! Le programme du candidat Valls, ou Montebourg, ou Hamon, ou tous les autres, c’est canarder le camp d’en face. Cogner le Front national, c’est historique : ce parti est systématiquement, et depuis des lustres, passé à l’équarrisseur par tous les autres partis. Il ne s’en porte pas plus mal pour autant. Pour l’autre droite, ça s’accélère sous le double effet de l’émergence d’un candidat unique (François Fillon) et de la hantise du temps qui s’écoule. Le balltrap en guise de programme présidentiel, c’est un peu court, et c’est surtout indigne de la fonction visée.

Fillon a dit publiquement qu’il était chrétien ! Aussitôt, émoi dans le poulailler. Guaino s’étrangle : « C’est une erreur, voire une faute. » Bayrou lui emboîte le pas : « C’est une dérive. » Et la presse, unanime, reprend le même mot : « Bayrou tacle Fillon. » C’est rigolo, ce conformisme bébête et irréfléchi : tout le microcosme de l’information dit pareil au même instant, quelle que soit la couleur du journal.

Et voilà que Manuel Valls s’y met, lui aussi : « La religion relève de l’intime », susurre-t-il. Mazette, voilà une affirmation bien imprudente !

Petit retour en arrière : sur Radio Judaïca Strasbourg, le 17 juin 2011, Valls grondait : « Par ma femme, je suis lié, de manière éternelle, à la communauté juive et à Israël. Quand même ! » Propos confirmés, un an plus tard, comme ministre de l’Intérieur, lors du gala de soutien à Radio J, le 28 novembre 2012.

En d’autres termes, Valls a ouvert, hier, la voie sur laquelle chemine Fillon aujourd’hui. Y a-t-il lieu de s’en offusquer ? Je ne le pense pas. L’homme, ou la femme, qui demande aux Français de lui donner la clé du pays pour cinq ans a, d’abord et avant tout, un devoir de vérité, c’est-à-dire de sincérité. La peinture d’un personnage ne passe pas uniquement par ses idées politiques – quand il en a ! – ; elle émane également de sa personnalité, de son apparence, de ses mœurs, de ses croyances, de ses amitiés et ses inimitiés, de sa probité ou sa malhonnêteté, enfin de tout ce qui compose une personnalité. C’est ce cocktail qui fait l’homme public. Strauss-Kahn ne s’est pas présenté en 2012 parce que sa braguette lui montait au cerveau : sa compétence d’homme d’État n’était pas en cause.

Dire, comme Valls, que « Fillon fait monter le communautarisme » parce qu’il avoue publiquement sa religion, c’est aussi bête qu’affirmer que la montée de l’islam en France résulte de l’indéfectible attachement de l’ex-Premier ministre à Israël. Et, tout de suite, on passe à l’outrance : selon Valls, Fillon a « qualifié son projet de catholique » ! C’est faux, d’abord, idiot ensuite. Faux, car dire qu’on est chrétien, ou juif ou mormon, ne signifie pas que l’on présente un projet aux couleurs de sa croyance ; cela signifie simplement que les vertus auxquelles on croit vont se retrouver dans un programme politique, et ça, ça surprend les socialistes, habitués à dire blanc pour faire noir. Idiot, ensuite, car ces gens qui défouraillent sur Fillon sont ceux qui élèvent la laïcité au rang de religion d’État et s’en prévalent à tout bout de champ.

Il faut choisir, les gars !

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