Chrétien de gauche ?

Docteur en droit, écrivain, compositeur
 

Un lecteur du journal La Croix s’exprime ainsi : « Je fais partie de ces chrétiens de gauche qui trouvent dans la Bible le fondement de leur engagement. Les prophètes ne cessent d’invectiver les riches, les possédants, les nantis qui délaissent les pauvres du royaume. » Le message est clair : d’un côté les pauvres, les mendiants, les « sans-dents », les minus, les parias, les abandonnés, les qui-n’ont-rien, les nécessiteux, ceux que la possession des biens a désertés depuis longtemps et qui sont, de ce fait – et uniquement de ce fait -, de gauche comme on est blond ou myope, par une espèce d’automatisme ou de prédestination. À l’autre bout du spectre, les boursouflés de possession, les portefeuilles-sur-pattes, les gros fumeurs de havanes, les gras du bide, les pleins de pognon qui sont, de ce fait – et uniquement de ce fait -, de droite, comme on est, etc.

Comment peut-on encore dire de telles inepties, de nos jours ? Ce lecteur transversal ou, du moins, inattentif n’a pas perçu que, dans sa phrase, le mot important n’est ni « riche » ni « pauvre » mais « délaissent ».

Faut-il être pauvre pour être « de gauche » ? Que ce lecteur commentateur pose la question à Pierre Bergé ! Plus gauche que ce milliardaire, il n’y a pas. Moins chrétien que lui, non plus. Ce monsieur est-il de gauche parce qu’il trouve normal que les femmes louent leur utérus comme les hommes leurs biceps ? Est-ce bien cela, être de gauche ?

On dit que le corps social français est majoritairement « de droite ». Est-ce à dire qu’il n’est composé que de rupins, de nantis ? Les pauvres, les smicards, les chômeurs sont-ils tous de gauche ? Ces raisonnements totalitaires, fondés uniquement sur l’argent, sont consternants de fausse simplicité.

Le concept de « chrétien de gauche » m’a toujours paru superficiel, facile et, finalement, suspect, comme si ceux qui le mettaient en avant avaient un truc à cacher et mélangeaient les cartes pour que l’on ne s’y retrouve pas.

Qu’est-ce que le fait d’être « de gauche » ajoute à celui d’être chrétien ? Faut-il être pauvre pour être chrétien ? Pauvre en esprit, c’est-à-dire tourner le dos à l’égoïsme, certainement. Pauvre en pognon, pas sûr. Tout dépend de ce que l’on fait de sa richesse, non ? Il n’y a pas plus de chrétiens de gauche que d’islamistes de droite ou de bouddhistes du centre. On est chrétien ou on ne l’est pas. On vote à gauche ou pas, les deux ne sont pas mélangeables. Parlant de l’actuel pape, j’entends des gens dire : « Chouette ! Enfin un pape de gauche ! » Est-ce à dire que ses prédécesseurs ont failli ? L’Évangile est-il un livre de gauche ?

Emporté par son élan, notre lecteur conclut doctement : « Les hommes politiques de droite… contribuent à laisser en place des structures d’oppression et d’injustice. » Bravo ! Sans doute a-t-il oublié que près de 1,5 milliard d’habitants vivent sous régime communiste. Je ne sache pas que Kim Jong-un soit un parangon de justice et de liberté. Comme quoi on peut être chrétien et aveugle !

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