Editoriaux - Médias - Polémiques - Télévision - 24 septembre 2018

Yann Moix s’en prend aux policiers. La télévision, théâtre de la haine

Sur fond de polémiques à répétition, la rentrée télé 2018 laisse augurer, pour le plus grand et seul plaisir de leurs initiateurs, de futures et belles escarmouches à venir. Ainsi, des « terriens » d’Ardisson à « ONPC » de Ruquier, en passant par « TPMP » d’Hanouna, l’ère du « hate watching » – que l’on peut traduire par « regarder la haine » – s’invite maintenant régulièrement dans le salon des Français.

Après les récents remous provoqués par les propos échangés par Éric Zemmour et Hapsatou Sy lors de l’émission « Les Terriens du dimanche », Ardisson a généré un nouveau scandale lors de son émission du samedi sur C8, en mettant en présence Yann Moix et des policiers venus témoigner, suite à la sortie du livre de Frédéric Ploquin, La peur a changé de camp, de la difficulté à exercer leur métier au sein des quartiers sensibles. En effet, Moix, profitant de la tribune qui lui était offerte, s’en est violemment pris aux gardiens de la paix, les accusant de « chier dans leur froc lorsqu’ils interviennent dans des endroits dangereux ». Et d’ajouter que les policiers « ne manquaient jamais une occasion de se victimiser et de s’en prendre aux pauvres et aux défavorisés ».

De ce nouveau fait divers télévisuel, auquel il convient de donner l’importance qu’il mérite au regard des vraies difficultés qui touchent aujourd’hui de nombreux Français, il importe de tirer plusieurs leçons. La première réside dans la dérive générale que l’on observe en matière d’information. Se targuant d’éclairer l’actualité à travers leurs émissions, les Ruquier, Ardisson, Hanouna et autres clowns du PAF ne cherchent, en réalité, qu’à se faire valoir, entraînant une guerre sans limite des ego et une escalade qui les conduit aux excès les plus condamnables. Ils érigent, ainsi, la télévision en véritable école de la haine, divisant les Français, ne cherchant en réalité qu’à préserver leurs postes, leurs intérêts et leurs confortables revenus.

Mais revenons à Moix et à sa haine de la police. Bien sûr, suite à ses propos véritablement scandaleux, certains syndicats de police ont réagi. Et ils ont eu raison. Même notre pâle et triste ministre de l’Intérieur y est allé de son « tweet » condamnant les propos de Yann Moix (nous attendons, cependant, toujours qu’il dépose plainte contre ce triste individu). Mais au-delà de ces déclarations, et sans doute est-ce la seconde leçon à tirer de ce nouvel événement médiatique, n’est-il pas temps pour les syndicats de police, et les policiers en général, de s’interroger sur la pertinence de leur présence à ce type d’émission. Jamais un policier, aussi pédagogue soit-il, ne saura faire partager la réalité du métier qui est le sien. Comment, en effet, expliquer et faire comprendre les contraintes d’une profession qui vous amène, au quotidien, à côtoyer la misère humaine, la précarité, la pauvreté et les côtés les plus sombres de l’âme humaine ? Comment partager la violence, omniprésente, rencontrée lors de l’exécution de nombreuses missions de police ? Comment faire comprendre la peur qui, effectivement, peut vous envahir, mais que l’on se doit de surmonter parce que l’on a fait le choix de servir ses concitoyens ?

Comment des individus comme Yann Moix, et ceux de son engeance, bobos-gauchos-friqués, protégés et nantis du système, pourraient-ils comprendre cela ? À fréquenter ces gens-là, il n’y a que des coups à prendre et rien à gagner. Il serait grand temps que les policiers tentés de fréquenter les studios de télévision le comprennent. La reconnaissance et l’estime, c’est sur le terrain qu’elles se gagnent, pas face aux caméras.

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