Editoriaux - Histoire - People - Politique - 9 juillet 2018

Yann Moix : émoi, et moi et moi !

La vie est ainsi faite que certains drames humains passent parfois inaperçus. Ainsi, l’amuseur Yann Moix, bien connu des téléspectateurs pour ses prestations dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », a-t-il failli devenir juré – toujours une histoire de tribunal – dans « La France a un incroyable talent ». Elle sûrement ; lui, peut-être un peu moins.

On lui accordera néanmoins celui d’avoir fait preuve, à l’occasion d’un entretien accordé au Parisien, d’une indéniable franchise quant à ce traumatisme : « Mon corps m’a lâché et ma copine m’a quitté. » Un peu comme le Jean-Claude Dusse incarné par Michel Blanc dans la trilogie des Bronzés, de Patrice Leconte, qui, au lendemain d’une rupture amoureuse, perdait vingt kilos et toute la moquette de son salon après une tentative de suicide aux laxatifs.

Raison d’un si terrible fait divers et de sa nécessaire cellule de soutien psychologique ? Pas l’émission en question, mais son reportage sur les migrants de Calais, qu’il « ne voulait pas faire », mais qu’il a quand même fait avant de s’en trouver tout « bouleversé et dépassé ». Pas de doute, nous avons affaire à un grand sensible. La preuve en est qu’il en perd même parfois son latin ; voire son français : « Je ne pouvais pas le faire. Les hommes politiques feignent de contrôler la situation de ce qui sera le sujet majeur du XXIe siècle. Quand Macron est venu à Calais, la ville a été nettoyée. Les migrants ne votent pas, donc il s’en fiche. De toute façon, il est pro-migrant à l’ONU et très sécuritaire face aux anti-migrants. Les migrants ont bouleversé mon existence. »

Au-delà du lyrisme de plateau télévisé, on aura donc compris que Yann Moix venait de comprendre qu’Emmanuel Macron comprenait un peu la chose politique. Et que lui ne comprenait pas vraiment en quoi les mêmes migrants avaient aussi « bouleversé » l’existence des Calaisiens et des Calaisiennes. Heureusement, Yann Moix n’est pas seul, pouvant compter sur la présence de ses proches amis Thierry Ardisson et Christine Angot. C’est vrai que, dans le genre apaisant, ces deux-là doivent être champions.

« Je ne sais pas dire non à Thierry Ardisson » : c’est touchant. « Christine Angot peut passer deux heures trente à vous écouter et parler avec une intelligence inouïe » : il doit confondre avec Annie Cordy, dont nous fêtons cette semaine les quatre-vingt-dix printemps. Mais, quitte à citer le Jean-Claude Dusse plus haut évoqué, on dira qu’après « ouverture », il faut bien finir par « conclure ».

On conclura donc en risquant ce diagnostic : ce n’est pas pour rien que Yann Moix se passionne autant pour le sujet des migrants, sachant que lui-même n’en finit plus de migrer à l’intérieur de sa cervelle en surchauffe perpétuelle. Comprenez qu’avoir été le proche ami de Marc-Édouard Nabe tout en étant celui de Bernard-Henri Lévy peut entraîner de rudes séquelles comportementales.

Pareillement, lorsque Yann Moix signe une pétition initiée par un autre de ses amis, tout aussi recommandable que les deux précédents, l’historien critique Paul-Éric Blanrue, exigeant l’abrogation de la loi Gayssot, est-il tout à fait raisonnable de retirer son paraphe, prétendant avoir mélangé deux Robert, Badinter et Faurisson ? À moins qu’il n’ait confondu avec Robert Lamoureux.

On peut donc croire Yann Moix sur parole : la discussion avec Christine Angot a dû être passionnante. Surtout si Doc Gynéco (*), ancien amant d’icelle, tenait la chandelle. Yann Moix ? Une pauvre petite chose fragile…

(*) À ce propos, se reporter au livre de Christine Angot, Le Marché des amants, dans lequel elle détaille par le menu son idylle avec le rappeur envapé. Comme le grand Charles, la petite Christine, elle aussi, a su dire « non » à certaines invasions.

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