Entretien - Décès

Jean Fauque : « Il y aura un avant Johnny et un après Johnny ! »

Parolier d'Alain Bashung et de Johnny Hallyday
 

Jean Fauque a été le parolier privilégié d’Alain Bashung et, surtout, a écrit plusieurs chansons pour Johnny Hallyday, qu’il connaissait depuis 1996. Il évoque la star disparue au micro de Boulevard Voltaire. Pour lui, seule l’immense émotion populaire suscitée, jadis, par la disparition d’Édith Piaf est comparable à celle qu’éprouvent les Français aujourd’hui.

Jean Fauque, vous avez été le parolier privilégié d’Alain Bashung et vous avez également écrit des chansons avec Johnny Hallyday, que vous avez très bien connu.
Qui était Johnny, pour vous ?

Je l’ai rencontré dans un cadre professionnel en 1996. J’étais très intimidé la première fois. Je n’avais pas l’impression d’avoir rendez-vous avec un artiste ordinaire. C’était déjà pour moi une légende, un mythe. J’avais l’impression d’avoir devant moi plusieurs personnages à la fois. Le nombre de choses qu’il a faites, les gens qu’il a connus, toute cette période musicale étaient pour moi très impressionnant. C’est une vie trépidante, sans cesse dans l’excitation, avec beaucoup d’angoisse. Pas grand monde ne résisterait à une seule de ces vies. Lui en avait plusieurs en même temps. Il avait parfois certains excès dans sa vie privée.
C’était un homme incroyable.
Je pense que la dernière personne avec qui on peut faire une analogie, c’est Édith Piaf. C’était aussi une immense chanteuse populaire, même si les médias n’étaient pas encore au niveau d’aujourd’hui.
Il y avait moins de télévisions et de radios à l’époque.
Les gens voyaient moins Édith Piaf que nous avons pu voir Johnny.
Johnny est une part de la France, une espèce de mesure du temps. J’avais dix ans lorsque j’ai entendu parler de Johnny Hallyday pour la première fois. Aujourd’hui, j’ai 66 ans, j’ai donc vécu 56 ans en connaissant Johnny. C’est à peu près le cas pour tous les gens de mon âge. Tout à coup, il n’y a plus Johnny. C’est un peu comme s’il y avait la France avant et celle d’après. Ce n’est pas étonnant qu’ils veuillent lui faire un hommage national.

Est-ce qu’une carrière comme celle de Johnny serait encore possible aujourd’hui ?

Non, je ne crois pas.
C’était ce qu’on appelle un interprète.
Les gens qui marchent bien ont tendance à écrire eux-mêmes. Il y a encore Florent Pagny ou Garou qui se placent encore comme interprètes.
Pour enregistrer plus de 1.000 chansons, il faut faire à peu près 60 ans de carrière, ce qui est quand même pas mal.

Beaucoup disent que, pour certaines chansons, il n’y avait vraiment que Johnny pour les chanter. Vous partagez cette idée ?

Oui, je suis tout à fait d’accord.
Une mauvaise chanson reste certes une mauvaise chanson. Mais, avec Johnny, certains textes – bon, plus il avançait dans la carrière, plus les textes étaient soignés -, il y des choses, des fois, qui font presque rire quand on les lit, isolées du contexte. Mais ils passaient toujours lorsqu’ils sortaient de sa bouche. Johnny aurait pu chanter le Bottin sans sourciller !

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