Editoriaux - Politique - Table - 7 janvier 2016

Wolinski écorché sur la plaque commémorative : la faute à qui ?

De cet hommage solennel qui a tourné en eau de boudin, Maupassant aurait pu écrire une nouvelle, qu’il aurait intitulée La Faute d’orthographe. On y aurait vu une assemblée de notables, de ronds-de-cuir, de bellâtres de la politique arborant costume sombre et mine affligée de rigueur, attendant dans le recueillement que le maire de Paris et le président de la République dévoilent la plaque commémorative. Et puis, d’un coup, la consternation sur les visages, des ricanements rentrés, aussi.

Le nom d’une des victimes a été écorché. Une lettre a malencontreusement remplacé une autre, « Wolinsky » plutôt que « Wolinski ».

Stupeur et tremblement du côté de la veuve, qui prend la bourde comme un ultime outrage, répétant à qui veut l’entendre que cette erreur – courante – mettait justement feu son époux en fureur.

Une gaffe, certes. Mais dont d’aucuns diront qu’il n’y a pas non plus de quoi en faire une pendule. Qu’il y a même quelque chose d’incongru à imaginer un collaborateur historique de la revue qui ne respectait rien attaché au respect de ce vecteur d’identité et de filiation qu’est le nom de famille comme un vulgaire bourgeois réactionnaire.

Sauf que la boulette – si dérisoire qu’elle puisse paraître – est éminemment symbolique de l’à-peu-près, de l’improvisation, de la négligence, du je-m’en-foutisme érigés en mode de gouvernement qui blessent et ébranlent tous les Français, y compris ceux dont le gouvernement lui-même a fait ses égéries.

Comme toujours, même ce que l’on croyait gravé dans le marbre ne se révèle être finalement que du provisoire mal ficelé.

Comme toujours, on ne connaît pas d’autre réponse que ce-n’est-pas-moi-c’est-l’autre. Pas la faute d’Anne Hidalgo mais celle du marbrier. Et aussi, avance Le Figaro, du « conseiller de la mairie chargé de vérifier les plaques le lundi soir » et qui « n’a pas pas soulevé le voile qui les recouvrait ». Mais pourquoi l’aurait-il fait ? N’est-ce pas ainsi, dans tous les domaines, que l’on a pris l’habitude de « vérifier », dans ce pays ? Sans jamais soulever le voile pour ne pas faire de découvertes dérangeantes – c’est plus prudent.

Le « Y » en lieu et place du « I » est donc plutôt un moindre mal. Puisque l’on n’a pas « vérifié », on aurait pu aussi bien trouver « Mort aux cons » ou, mieux, « Allah Akbar ». On n’est jamais à l’abri d’un marbrier farceur, faisant un peu de zèle : la meilleure façon de rendre hommage à Charly (pardon : à Charlie) n’est-elle pas de perpétuer son esprit trash et provocateur ?

Sauf que l’improvisation est un genre théâtral qui n’amuse pas tout le monde. Une autre veuve, moins connue celle-là, vient de déposer plainte contre X pour homicide involontaire aggravé, estimant que son mari Franck Brinsolaro, le policier chargé d’assurer la protection de Charb, a été « sacrifié ». Elle dénonce « des manquements de la Direction générale de la sécurité intérieure », évoquant des « faits troublants », comme ce rapport faisant état de menaces contre le journal qui n’aurait pas été transmis ou pris en compte, et supputant que si personne ne lui répond réellement, c’est parce que l’on ne veut pas reconnaître que son son époux est mort « par manque de moyens ».

Le problème, finalement, n’est pas tant d’avoir foiré la plaque que d’être toujours à côté de la plaque.

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