Guillaume Bernard : « Wauquiez renouvelle la ligne Buisson de 2007. En 2017, c’est un peu à contretemps ! »

Laurent Wauquiez apparaît comme le candidat favori à la présidence des Républicains. Sa stratégie est-elle la bonne ? Guillaume Bernard livre à Boulevard Voltaire son analyse.

Guillaume Bernard, l’actualité à droite est assez riche en ce moment avec la candidature de Laurent Wauquiez. Il se présente pour l’instant face à cinq candidats. D’après un sondage, il recueillerait à lui seul 73 % des bonnes opinions des sympathisants républicains. Pourquoi cet engouement pour Laurent Wauquiez ?

Je crois qu’il est un de ceux qui, par le passé et encore aujourd’hui, assument le fait que LR doit être positionné véritablement à droite.
Ceux qui sont encore militants, adhérents ou sympathisants de ce mouvement veulent ce discours-là.
Il a, évidemment, des concurrents qui profitent de sa notoriété pour essayer d’exister.
D’ailleurs, l’offre politique étant très décevante, ce n’est pas plus mal qu’il y ait un renouvellement des têtes.
Derrière cet affrontement qui pourrait être gagné par Laurent Wauquiez, il y a des enjeux stratégiques et idéologiques qui ne sont toujours pas résolus.

Nous avons bien vu que Laurent Wauqiez faisait une campagne à droite. Néanmoins, il a réfuté tout dialogue avec le Front national et avec Nicolas Dupont-Aignan qu’il a accusé d’avoir franchi une espèce de ligne jaune au moment où il s’est rallié à Marine Le Pen. Est-ce une stratégie ou veut-il vraiment maintenir une frontière idéologique entre l’extrême droite et la droite ?

Votre question est parfaitement légitime.
Est-ce qu’il s’agit uniquement d’un discours pour ne pas trop apeurer un certain nombre d’autres cadres du mouvement et éviter l’implosion de LR, ou est-ce qu’il le pense réellement ?
Ce qu’il fait aujourd’hui peut paraître comme étant quelque peu à contretemps.
En effet, il renouvelle la ligne Buisson. Il assume un discours de droite, une droite des valeurs et une droite des convictions.
Pour autant, il veut maintenir le cloisonnement, éviter la recomposition de la droite, ce qui est le vœu des électeurs et des sympathisants des deux partis politiques, le FN et LR.
Par conséquent, c’est un peu manquer d’à-propos que de renouveler la ligne Buisson en 2007 alors que c’est Marine Le Pen qui, en 2017, a été au second tour de la présidentielle et que la droite en a été éliminée.
La ligne Buisson en 2007, cinq ans après le 21 avril 2002, peut se comprendre ; dix ans après, c’est à contretemps.
La recomposition de la droite est désirée par l’opinion publique de droite.
Cette recomposition ne peut se faire que s’il y a des gens des deux bords du fleuve qui viennent pour constituer un puissant courant de droite.

Vous parlez de risques d’implosion de son parti. Plusieurs cadres ont annoncé qu’en cas de victoire de Laurent Wauquiez, ils songeraient à quitter le parti. Je pense notamment à Valérie Pécresse. Est-ce que cette ligne que veut incarner Valérie Pécresse, c’est-à-dire ni « En Marche ! » ni « droite Wauquiez », a un avenir ou est-ce que le créneau est beaucoup trop étroit ?

Je crois que le créneau est extrêmement étroit. Elle se trouve dans une position un peu compliquée : hors des constructifs et à la fois refus de la droitisation. Elle est dans un corner, son espace politique est très limité.
La droite est confrontée à ce que j’ai proposé d’appeler « le mouvement dextrogyre ».
Soit elle reste à droite et, dans ce cas-là, elle est obligée de droitiser et muscler son discours.
Soit c’est une droite qui n’est simplement qu’à droite, c’est quelque chose qui est parfaitement compatible avec la gauche dans, notamment, la grande coalition macronienne.
Dans ce cas-là, ils sont obligés de dériver vers le centre.
Ce débat-là a déjà eu lieu lors de la candidature pour la présidence de LR en 2012.
C’était Coppé qui incarnait la droite qui s’assumait et Fillon qui voulait glisser vers le centre.
Nous avons eu de nouveau ce débat-là lors de la primaire de la droite où c’était Fillon qui, cette fois-ci, assumait le côté droite de LR et Alain Juppé qui voulait glisser vers le centre.
C’est à nouveau le même scénario avec deux nouveaux protagonistes, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse.
La recomposition de la droite et la renaissance de la droite face à la grande coalition macronienne ne peut se faire que si les partis s’assument véritablement de droite et ne sont pas simplement à droite et s’il y a une convergence des différentes personnalités politiques.
L’opinion politique de droite doit désormais savoir s’il ne faut pas renouveler l’offre politique puisque cette offre a été décevante jusqu’à présent.
Les directions du Front national et de LR ne doivent-elles pas être mises de côté pour être remplacées par de nouvelles personnalités ?

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