« Vladimir Poutine est le chef d’État énergique et autoritaire qu’il fallait aux Russes… et aussi aux Européens ! »

Les élections présidentielles en Russie sont imminentes. Même si six candidats se présentent face à Vladimir Poutine, le résultat ne fait pas grand doute. Pour Frédéric Pons, auteur du livre Poutine, la seule inconnue est le taux de participation : Vladimir Poutine sera-t-il « bien » élu ou « moins bien » élu ? Au-delà de 60 %, ce sera un grand succès pour Vladimir Poutine, car signe de soutien de l’électorat à sa politique.

Les élections présidentielles russes vont bientôt se tenir. Y a-t-il suspens quant au résultat ?

La seule surprise pourra être le taux de participation. Vladimir Poutine sera élu dès le premier tour. La grande question est de savoir s’il sera bien élu ou plutôt moins bien. Bien élu, ce sera avec un taux de participation qui sera au moins égal à celui de la précédente élection, c’est-à-dire autour de 65 %. Mal élu, ce sera un peu moins de 60 % ou 50 %. Cela signifiera le soutien de l’opinion et de l’électorat à sa politique. Au-delà de 60 %, ce sera un grand succès.

Il y a six opposants face à lui. On peut citer deux communistes, deux leaders d’extrême droite, un libéral et une ancienne candidate de téléréalité. Le grand absent reste le principal opposant au Kremlin, Alexandre Navalni.
Pourquoi n’est-il pas là et pourquoi ces six candidats se présentent-ils ?

Alexandre Navalny est celui qui aurait pu sans doute gêner Vladimir Poutine. Il incarne la jeunesse, le renouveau, un choix libéral dans lequel aurait pu se retrouver une partie de l’électorat citadin, notamment dans les grandes villes. Il est écarté, parce qu’il n’a pas voulu respecter le jeu et la loi démocratique à la russe. Il a voulu s’en abstraire, porté par le soutien des médias occidentaux. Navalny, même candidat, n’aurait de toute façon sans doute pas représenté un danger énorme. Il aurait fait quelques pour cent. S’il est très connu en Occident, il l’est beaucoup moins en Russie en dehors des grandes villes que sont Moscou et Saint Petersbourg.

Poutine sort de 18 ans de pouvoir sans partage. Pour les Occidentaux, les cris au totalitarisme ne sont jamais bien loin. Pourquoi est-ce que le personnage de Poutine fascine-t-il tant ?
Pourquoi les Occidentaux ont-ils tant de mal à accepter ce mode de gouvernement spécifique à la Russie ?

Les Occidentaux connaissent mal l’Histoire de la Russie, l’Histoire sur la longue durée comme l’Histoire plus récente. Poutine est le produit de plusieurs traumatismes majeurs. Les Russes ont vécu l’effondrement de l’Union soviétique et ensuite dix années d’anarchie et de pillage. Entre 1991 et 2000, la Russie était en train de devenir un État mafieux pillé par les oligarques, c’est-à-dire les puissances d’argent. Vladimir Poutine a remis de l’ordre dans le pays sur le plan intérieur. Il a restauré l’administration et la justice. Il a redonné le goût de vivre aux Russes. La natalité a commencé à se redresser en Russie. À l’extérieur du pays, il a redressé l’image de la Russie et redonné de la fierté aux Russes. Il a inscrit cette action de 2000 à aujourd’hui dans la longue durée avec une énergie qui étonne ici en occident, mais qui rassure les Russes. C’est sans doute à cause de cette énergie, de cette détermination et des choix qu’il a pu faire et qui vont contre certains intérêts, notamment de l’Amérique, que Vladimir Poutine est autant brocardé et caricaturé. En réalité, Vladimir Poutine fait la politique des intérêts de son pays et des Russes. C’est pour cela que bon an, mal an, depuis 2000, les Russes l’ont élu et réélu avec des taux très confortables.

Vous avez consacré un livre sur Vladimir Poutine sobrement appelé Poutine. Selon vous, Vladimir Poutine est-il un dictateur ?

Non, Vladimir Poutine n’est pas un dictateur. C’est une chef d’État autoritaire. Le genre de chef d’État qu’il fallait à la Russie pour la sortir du marasme et de l’effondrement qui la guettait dans les années 90. C’est le chef d’État russe, énergique et autoritaire qu’il fallait aussi pour les intérêts de l’Europe. L’Europe a intérêt à avoir une Russie stabilisée et en ordre à l’est de l’Europe plutôt qu’un pays livré à l’anarchie, à la mafia et à tous les extrémismes possibles. Poutine a restauré l’ordre dans son pays et cela sert aussi les intérêts de stabilité et de sécurité de l’Europe.

Poutine a fait une courte campagne présidentielle qui va s’achever en Crimée. Pourquoi en Crimée ?

Il a fait une courte campagne, parce qu’il n’avait pas besoin de descendre dans l’arène et de valoriser ses concurrents. Il n’aura fait que deux meetings. Le deuxième et dernier sera en Crimée. Il a choisi la Crimée parce qu’elle symbolise pour les Russes le retour de la puissance russe dans le monde. En Crimée, Vladimir Poutine prend à contre-pied toute l’opposition. Quasiment aucun candidat ne remet en cause ce retour de la Crimée, terre russe, à la Russie. Seule la jeune Ksenia Sobtchak conteste ce retour de la Crimée à la Russie, mais tous les autres, les nationalistes, les communistes et même les libéraux reconnaissent que la Crimée était une terre russe sur le plan historique, religieux, ethnique, linguistique et qu’il était logique de la récupérer. Poutine, par ce coup, ce meeting en Crimée prend tout le monde à contre-pied et c’est une nouvelle fois bien joué.

Ce n’est pas la campagne présidentielle russe qui intéresse les médias, mais bien ces affaires douteuses d’espionnage et d’assassinat d’espions en Angleterre.
Que se passe-t-il entre la Russie et l’Angleterre ?

La Russie et l’Angleterre ou la Russie et l’Amérique. L’Angleterre est souvent le porte-voix de l’Amérique. Il se trouve que cette affaire d’espion ou d’ex-espions, de traître à la Russie, arrive au moment de cette élection. Je ne sais pas si quelque chose a été monté. Je ne vois pas bien l’intérêt des Russes d’aller tuer cet ex-espion qui vivait en Grande-Bretagne pour attirer l’attention sur des méthodes qui ne sont pas très normales dans le jeu des relations internationales.
À mon avis, la Russie avait tout à perdre dans cette affaire. Je ne vois pas bien son intérêt et peut-être qu’un jour on apprendra qu’il y a un coup monté là derrière. De ce fait, on assiste à un retour de la Guerre froide entre le monde anglo-saxon, l’Amérique et la Grande-Bretagne et la Russie. Au milieu l’Europe, l’Europe occidentale dont la France semble être les otages de cette nouvelle Guerre froide, alors que ce n’est l’intérêt ni de l’Europe continentale ni de la France.

Jusqu’où peut aller Vladimir Poutine ?

Il a dit à plusieurs reprises qu’il ne modifierait pas la constitution, à l’inverse du président chinois.Il n’a jamais été tenté de le faire. Il est beaucoup plus légaliste qu’on ne le dit. Il sera logiquement président jusqu’en 2024. Son grand défi aujourd’hui est à la fois de finir son travail de restauration intérieure de la Russie notamment sur le plan économique et de se trouver un successeur, un dauphin. À partir du 18 mars, il aura devant lui six années pour trouver ce dauphin. Un homme issu des nouvelles générations. Ce sera son grand défi. C’est là où on verra si finalement cette très longue présidence, 24 ans de présidence quasiment ininterrompue, s’achève sur un succès, un vrai dauphin, ou s’il laisse la Russie en panne d’un successeur.

Si Poutine échoue à effectuer cette transition, la Russie pourrait-elle retomber dans le chaos ?

Il y a un risque. La Russie est un immense pays où des forces essaient en permanence de le démembrer. Il fait l’objet de convoitises intérieures et extérieures. Les pressions extérieures proviennent aussi bien du Caucase, la pression djihadiste islamiste, que de l’ouest avec la pression de l’OTAN et de l’Amérique. La Russie est encore vulnérable . Elle a une économie trop dépendante du pétrole et du gaz. Son économie n’est pas stabilisée, elle est soumise à des sanctions. Si la Russie n’a pas de successeur fort, d’un pouvoir autoritaire et fort pour succéder à Poutine, elle risque très bien de retomber dans les erreurs du passé.

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