Violences sexuelles sur mineurs : pitié pour les Lolita

Protéger les enfants, cela devrait être un projet consensuel qui rassemble tout le monde au-delà des clivages politiques, philosophiques, religieux ou sociaux. En théorie. Oui, mais nous ne vivons pas dans ce pays utopique, nous vivons en France, où ce n’est pas si simple.

Marlène Schiappa, sous-ministre qui roule volontiers des mécaniques et se surexpose à outrance dans les médias, promettait en octobre 2017 une présomption de non-consentement en cas de rapport sexuel entre majeur et mineur de moins de quinze ans, entraînant de facto la qualification criminelle de viol. En mars 2018, recul, critiques et déni honteux de ce recul. Certes, le délit d’atteinte sexuelle est plus durement sanctionné qu’auparavant, mais il permet au juge d’acter qu’un mineur de moins de quinze ans peut consentir à une relation sexuelle. Peut-on en déduire que le juge dispose, dans certaines occurrences, du droit de se substituer au législateur et de modifier, a posteriori, l’âge de la majorité sexuelle d’une victime ? Ou que cette majorité sexuelle ne confère pas le droit de disposer de son corps pour vivre une sexualité choisie, puisque qu’il est possible de le faire avant ?

Des voix, et non des moindres, s’élèvent dans une tribune parue dans Le Monde du 30 juin contre ce projet de loi timoré qui permet d’éviter une qualification criminelle et un (plus coûteux ?) procès d’assises. « Jamais un enfant ne peut donner un consentement éclairé à des relations sexuelles avec un adulte », écrivent-ils. Ils ont raison de contester les pseudo-excuses que seraient la tromperie de l’enfant sur son âge ou sa démarche de séduction : la responsabilité doit être celle exclusive de l’adulte, c’est sa majorité à lui qui l’implique.

C’est nécessaire, mais est-ce suffisant ?

Il semble évident aux simples citoyens dotés d’une once de bon sens que les enfants sont confrontés trop jeunes à trop de sexe. Dans la rue, sur les affiches qui se rient de la pudeur, sur les écrans de télévision, sur Internet avec une pornographie trop facilement accessible, et même à l’école avec des incitations perverses (et sur recommandation de l’OMS).

Une plus grande précocité des premières règles se constate chez les filles. Les femmes qu’elles deviennent retardent l’âge de leur premier enfant. Entre ces deux bornes essentielles de la vie que sont la puberté et l’engendrement, toute la sexualité des jeunes semble obéir à la seule injonction du plaisir, prégnante partout dans notre société. Le risque de procréation n’en est plus un avec un avortement érigé, dans les discours, comme un « droit fondamental » et, dès lors, incontestable. Mais si l’érotisation de l’enfance est un fait social contre lequel nous ne luttons pas, alors il est vraisemblable que des prédateurs continueront de se prévaloir d’un consentement que l’air du temps façonne pour eux. Et les victimes seront ces Lolita que nous ne savons ni ne voulons protéger efficacement.

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