Livre

Le vieux monde est de retour, enquête sur les nouveaux conservateurs

de Pascale Tournier

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Pascale Tournier, rédactrice en chef adjointe au service actualité de La Vie, est une femme intelligente et professionnelle. Son dernier livre, Le vieux monde est de retour, enquête sur les nouveaux conservateurs, en est la preuve.

Intelligente parce qu’elle a compris que l’on ne pouvait plus se contenter paresseusement, comme le font certains journalistes, de plaquer une grille d’analyse antédiluvienne sur le bouillonnement de la droite française actuelle. La Manif pour tous a été le catalyseur en même temps que le révélateur d’un jaillissement profond qui l’a régénérée et recomposée.

Professionnelle, car c’est un vrai travail d’enquête scrupuleux qu’elle a mené, rencontrant, je peux en témoigner, chacun de ceux qu’elle évoque et s’assurant ensuite auprès d’eux de ne pas avoir déformé leurs propos.

Avec sa lampe frontale et son piolet, elle a fréquenté leurs cénacles, ne se contentant pas de descendre, bien calée dans sa chaise, dans les profondeurs d’Internet. « Pendant plus d’un an, j’ai fréquenté de près cette nébuleuse protéiforme, composite, bouillonnante et parfois foutraque. J’ai essayé de comprendre les codes, cerner les têtes pensantes, décrypter le système de pensée qui y est rattaché, la part de rêve ou d’utopie, ses envies et ses doutes, de percer ses incohérences et ses contradictions, sa porosité avec les idées d’extrême droite et ses clins d’œil lancés à une partie de la gauche. » Avec, sans doute, sincérité et une réelle qualité d’écoute.

On y rencontre donc, pêle-mêle, Mathieu Bock-Côté, Eugénie Bastié, François-Xavier Bellamy, Charlotte d’Ornellas (bien connue des lecteurs de Boulevard Voltaire), Alexandre Devecchio, Gaultier Bès, Marianne Durano, Axel Rokvam… en même temps qu’un aperçu des différentes pépinières de ce « vieux monde » si juvénile. Si ces conservateurs sont peu ou prou d’accord sur les idées – « Nous devons être les sentinelles d’une civilisation qui ne se défasse pas. Ce qui nous anime n’est pas un désir de vengeance, mais un esprit français grave et léger, chevaleresque et frondeur, avec l’espérance chevillée au corps », résument joliment Charles Beigbeder et Laurent Meeschaert lors de la soirée de lancement de L’Incorrect, cités par Pascale Tournier —, ils le sont moins sur les méthodes. Et notamment la traduction politique : « Tout le monde pense la même chose mais vote différemment », cette fois, Pascale Tournier rapporte les propos de Geoffroy Lejeune, rédacteur en chef de Valeurs actuelles.

Mais c’est précisément parce que Pascale Tournier est intelligente et professionnelle que les reductio ad hitlerum inattendues et anachroniques (eu égard à l’âge moyen de segment de population étudiée), les jugements lapidaires et partiaux qui émaillent son livre surprennent : lorsque, voulant « jeter des ponts », un membre de la revue Limite répond à l’invitation de TV Libertés ou intervient à un séminaire de l’Action française, il « se fourvoie » ; c’est le mot de Pascale Tournier. Lorsque tel autre, de la même revue, « tient par ailleurs une chronique hebdomadaire sur Le Média, la webtélé de Jean-Luc Mélenchon », Pascale Tournier ne fait aucun commentaire…

Sans le vouloir, Pascale Tournier touche ainsi du doigt un angle mort de son livre : mais pourquoi donc cette effervescence des idées reste-t-elle « composite et parfois foutraque », et sans traduction politique commune ? En raison de cette arme nucléaire dégainée à tout va, même quand on ne s’y attend pas, cette diabolisation arbitraire à discrédit immédiat jetant le discrédit sur la personne visée et, par contagion, sur ses amis, qui isole, atomise, et fragilise les réseaux.

Moins sensible que ses aînés à ces anathèmes, cette génération devrait trouver le moyen de s’en affranchir. Reste à savoir quand.

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