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La véritable raison de la popularité du Président Macron (et de sa fragilité)

 

Sondeurs et commentateurs, jusque sur Boulevard Voltaire, s’extasient sur le véritable bond, aussi spectaculaire qu’inédit, de la popularité du Président Macron. Après avoir connu une chute rapide pendant l’été, il aurait réussi le tour de force, contrairement à ses prédécesseurs, de redevenir populaire au trimestre suivant.

Analysant l’effondrement qu’indiquaient les sondages il y a quatre mois, nous avions défendu la thèse paradoxale, et peu remarquée alors, qu’il était au contraire « en train de gagner », en nous fondant sur l’examen des bases et des marges de progression de sa popularité. Sa popularité triomphale de décembre vient valider notre analyse de septembre.

Nous voudrions aujourd’hui apporter une explication supplémentaire à cette popularité hors normes. En effet, deux grandes raisons sont avancées : le « Je fais ce que j’ai dit » d’une part ; et la faiblesse de l’opposition d’autre part. Certes, cette analyse de la situation politique est juste. Mais insuffisante pour rendre compte d’une popularité inédite, autant dans sa structure que ses variations. Tout aussi insuffisante l’explication par la modernité d’Emmanuel Macron : ce n’est pas sa dextérité à manier les codes et le langage de l’ère numérique qui lui vaut l’adhésion massive de nos armées de retraités.

La popularité du Président Macron plonge ses racines dans une longue séquence d’angoisse qui a commencé sous la présidence impuissante de François Hollande. Juin 2014 : le Front national emporte 28 % des voix aux élections européennes et devient le premier parti de France. Décembre 2014 : des voitures folles foncent sur plusieurs marchés de Noël, mais le Président Hollande, le 31, devant son bureau vide, nous berce de douces paroles. Janvier 2015 : Charlie. Novembre : le Bataclan. Décembre : les listes FN dépassent les 40 % dans deux grandes régions. Juin 2016 : Magnanville. Juillet 2016 : Nice et Saint-Étienne-du-Rouvray.

Les années 2014-2017 ont été vécues, par une grande partie de l’opinion – toutes tendances politiques confondues -, comme une irrésistible ascension de deux phénomènes anxiogènes : le déferlement de la barbarie islamiste, l’arrivée au pouvoir du Front national. Le premier avait bien des raisons d’inquiéter les Français, mais tout était fait pour évacuer cette angoisse (phénomène Charlie). L’autre l’était en soi beaucoup moins mais, à l’inverse, pouvoir et médias orchestraient une dramatisation pour rendre cette perspective angoissante aux yeux des Français, qui vécurent une véritable période noire.

La popularité actuelle du Président Macron est comme le ressac de cette marée d’angoisse. Son élection et son mode de gouvernement inédits furent accueillis, consciemment ou non, comme une divine surprise : la conjuration de ces deux perspectives inquiétantes. La « menace » Front national s’est dissipée lors du débat. Et depuis mai dernier, pas d’attentat spectaculaire dépassant la dizaine de morts comme en a connu Barcelone cet été. M. Raufer explique même sur Boulevard Voltaire qu’un attentat du type du Bataclan n’est plus possible aujourd’hui en France. Le Président Macron est crédité de cette nouvelle situation et sa popularité s’envole. Les Français respirent enfin.

Il a, d’ailleurs, parfaitement intégré ce ressort à sa communication, comme en témoignent sa ferme réaction depuis l’attentat de Marseille et la ligne qu’il soutient sur l’immigration. En annonçant, dimanche, aux Français qu’il en serait fini de Daech en février prochain, il jouait encore sur cette même corde : installer, dans l’opinion, l’idée que la page de la terreur islamiste est tournée.

Or cette idée ne résiste pas à une analyse lucide de la situation du monde arabo-musulman et de la société française. Mais, pour l’instant, les Français n’en sont pas au stade de l’analyse mais à celui du soulagement, aussi long et fort que fut la phase d’angoisse. Il y a un temps pour tout.

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