À SUIVRE

Valls le Suisse, Hollande le banquier : leur ennemi n’était pas la finance !

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Découvrant dans les reportages de ces jours derniers un Manuel Valls discutant avec Matteo Renzi dans un italien aussi courant que son catalan, j’étais, je l’avoue, très étonnée. Le catalan, oui, puisque c’est la langue familiale, mais l’italien ? Se pourrait-il que l’école française eût produit un élève aussi brillant en langues ?

Rassurez-vous, la réponse est non. C’est parce que Manuel Valls a deux langues d’origine : l’italien comme langue maternelle et le catalan comme langue paternelle. Eh oui, le bougre ne s’en vante pas : sa maman Luisangela Galfetti est une Suissesse du Tessin. Vous savez, cette magnifique région des lacs : Locarno, Lugano… les pentes de Monte San Giorgio…

Et quelle honte à cela, me direz-vous ? Aucune, sauf si l’on est le factotum d’un Président qui s’est poussé sur la scène politique en clamant « Mon ennemi, c’est la finance ! »

Le Point, qui se penche ce matin sur la personnalité à géométrie variable de Manuel Valls, rappelle ainsi les propos de nos voisins lorsqu’il fut nommé à Matignon, en 2014 : « La Suisse n’a pas bonne presse à la gauche de la gauche française, où certains ténors se contentent de la décrire comme un paradis fiscal et un refuge pour émigrés désirant échapper à l’impôt. Pour Manuel Valls, les racines catalanes avec une famille d’émigrés d’un pays du Sud pourraient donc avoir fait meilleur effet auprès de l’électorat traditionnel du PS. »

Pour sûr, quand on ambitionne une grande carrière à gauche, mieux vaut être réfugié de la guerre d’Espagne que de la Riviera suisse…

La chose est d’autant plus amusante qu’on apprend le même jour les ambitions contrariées de François Hollande qui, blackboulé de son fief corrézien aux législatives de 1993, tenta de forcer la porte de la banque Rothschild.

C’est le banquier d’affaires Michel Jacob qui le raconte dans l’hebdomadaire Le 1 : au second rendez-vous, « François Hollande se fit plus précis et me demanda si je pensais qu’il avait les qualités nécessaires pour ce métier et si la Compagnie financière pourrait éventuellement l’accueillir. Je répondis que seule la pratique permettrait de déceler s’il avait ou non les caractéristiques qui forgent un grand banquier d’affaires et que, compte tenu de son profil, je souhaitais parler d’un éventuel recrutement à Edmond de Rothschild. »

Dont acte. Mais le grand patron mit à ce recrutement une condition : « Il voulait être assuré que ce dernier [François Hollande] avait définitivement tourné la page et ne repartirait pas, à la première occasion, solliciter les suffrages des Corréziens. » La maison n’avait pas les moyens, disait-il, d’« assurer la formation permanente de candidats indécis ».

Condition qui se révéla une impossibilité majeure pour François Hollande, lui qui est l’indécision incarnée. On connaît la suite. Hollande n’alla pas chez Rothschild mais en rêva toujours. En amoureux éconduit, il cracha sur les banquiers mais fit les yeux doux à Macron, qui avait connu les secrets des fortunes.

Manuel Valls, lui, cache sa mère ; ou, s’il ne la cache pas, il se garde bien d’étaler sa nationalité. Sauf pour la RTV, à laquelle il confiait, en 2013 : « Oui, ma mère est suisse, elle a toujours, d’ailleurs, la nationalité suisse, je connais bien la Suisse. Cela compte… Mais je ne suis pas sûr qu’en France cela ait toujours malheureusement une grande popularité. Non, je plaisante… »

Vraiment ?

POUR ALLER PLUS LOIN