Lutte contre la drogue

Valérie Pécresse et ses idées fumeuses contre la fumette

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

À 25 ans, elle était auditrice au Conseil d’État et déjà conseillère de Jacques Chirac. Enseignante à Sciences-Po, puis ministre de l’Enseignement et de la Recherche sous l’ère Sarkozy avant que celui-ci n’en fasse son ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État, Valérie Pécresse n’a pas dû beaucoup prendre le métro. Je dis cela pour la suite.

Cette brillantissime énarque est aujourd’hui tête de liste des Républicains pour la région Ile-de-France. Le 5 novembre, elle présentait son programme, dont certaines mesures assez “époustouflifiantes” pour les lycées dont les régions ont la charge.

Valérie Pécresse veut par exemple y mettre en place des tests de dépistage salivaire pour lutter contre la consommation de cannabis. En un mot, elle est pour le rétablissement des crachoirs. Suggestion : on pourrait aussi y ajouter l’alcootest pour prévenir les comas éthyliques chez les ados et l’urinoir pour les MST. Voilà une « offre pédagogique » à proposer à notre Najat-aux-dents-longues, elle qui cherche des pistes pour rendre les établissements attractifs et développer la mixité sociale à l’école.

Nonobstant le fait que Valérie Pécresse, élève à Sainte-Marie de Neuilly, a sans doute assez peu connu la fumette et la mixité sociale, on se demande bien comment pareille mesure pourrait être envisageable : primo, elle est sans doute actuellement illégale ; deuxio, quel coût pour quels résultats ?

Mais les idées fumeuses de la dame ne s’arrêtent pas là. Préoccupée, et elle a bien raison, par la sécurité des Franciliens dans les transports en commun, elle envisage d’instaurer une mesure d’interdiction d’accès au réseau des transports publics. Tout « comme il existe des interdits de stade », dit-elle, il faudrait créer « une peine d’interdiction de réseau ». Visés : les fraudeurs récidivistes et les pickpockets. Bien. Mais concrètement, comment fait-on ? Rien de plus simple : « La police a toutes les photos de ces pickpockets. Il suffit de les voir à l’écran pour aller les reconduire à l’extérieur », dit la dame.

Alors, chère Valérie Pécresse, puisqu’à l’évidence vous ne connaissez pas plus les transports en commun que la mixité sociale, je vais vous expliquer quelques petites choses.

1) Les employés de la RATP – quand on en voit un – ne décollent pas leur derrière du fauteuil où ils se vautrent, le téléphone vissé à l’oreille puisqu’ils n’ont rien d’autre à faire depuis que les machines les ont remplacés. Alors aller attraper un fraudeur par le col pour le « reconduire à l’extérieur », ça n’existe même pas dans les séries télé !

2) Le métro compte 383 « points d’arrêts » dans Paris et la couronne, ce qui représente au bas mot quelques 4.000 portillons automatiques à surveiller. Ajoutez-y 4.500 bus avec chacun des dizaines d’arrêts, et 381 gares de banlieue ouvertes à tous les vents mauvais. Qui peut contrôler cela ?

3) Aujourd’hui la RATP est à ce point impuissante contre les détrousseurs qu’elle se contente d’inviter les voyageurs à la prudence en signalant « des pickpockets sont actuellement dans la rame, veuillez veiller à vos effets personnels ». Alors il faut être totalement inconscient ou un politique particulièrement pervers pour prétendre que, demain, elle les empêchera d’y monter !

Je ne crois pas, chère Madame, que vous soyez particulièrement perverse, même peut-être un peu moins cynique que bien d’autres. Mais hélas, vous souffrez vous aussi du mal qui est en train de nous faire tous crever : vous n’avez à l’évidence aucun pied dans la réalité, et personne dans votre entourage pour vous y amener !

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