Politique

Valérie Pécresse : gaulliste sociale ?

Colonel à la retraite
 

Valérie Pécresse a trouvé son petit créneau pour garer sa petite auto politique : « gaulliste sociale ». N’oubliez pas de mettre un « e » à « social », parce que c’est une dame. Un créneau bien comme il faut, où l’on ne risque pas de se prendre une prune par les aubergines de la pensée unique. Pas trop à gauche, pas trop à droite. Nickel. Un truc qui marche à tous les coups, le côté « souple et ferme à la fois », vous voyez.

Dans l’interview qu’elle a accordée au Parisien samedi, elle explique ce que cela veut dire pour elle : « Cela veut dire que je crois à l’autorité et que je veux lutter contre les injustices. » Original ! Il est vrai qu’il n’y a pas de justice sans autorité et que l’autorité dans l’injustice, ça s’appelle la tyrannie. Donc, on sait désormais que s’il fallait créer un prix pour récompenser les inventeurs du bélier à enfoncer les portes ouvertes, Valérie Pécresse serait impeccable pour présider la distribution avec son sourire de ne pas y toucher.

Au fait, « gaulliste social », quésaco ? En 2012, le politologue et chroniqueur Marc Crapez, dans une tribune sur le site Contrepoints, avait qualifié le gaullisme social de mythe. Il expliquait que cette formule ne datait que des années 80, bien longtemps après la mort du général de Gaulle. « Elle fut alors forgée par la gauche pour récompenser les membres du RPR qui prenaient position contre l’extrême-droite tout en fermant les yeux sur l’extrême-gauche. » Qu’est-ce que fait Mme Pécresse, aujourd’hui ? La même chose. Puisque dans son Code de la route, il n’est pas question avec sa petite auto de franchir la « ligne rouge » en direction du Front national.

En revanche, on notera que Valérie Pécresse ne s’interdit pas les petites embardées sur la gauche sociétale. C’est ainsi qu’elle a déclaré récemment qu’il n’était pas question de revenir sur le mariage pour tous, alors même, qu’à l’automne 2012, lorsque le projet était en débat, elle envisageait carrément de démarier les couples homosexuels, une fois la droite revenue aux affaires. « On peut imaginer de transférer les droits sur un statut d’union civile », avait-elle déclaré sur LCI. Une conduite en zigzag un peu fofolle, non, pour celle qui nous la joue la fille bien sage, tenant bien droit son petit volant ?

À propos de sa conduite en zigzag, on pourrait aussi évoquer ses soutiens à rebondissement. En 2012, à peine passée la défaite des législatives, elle voyait en François Fillon un autre « gaulliste social », d’ailleurs, le candidat idéal pour 2017, d’où son soutien lors de la tentative avortée de prise de contrôle de l’UMP face à Copé. Et, finalement, début novembre 2016, après avoir « longuement réfléchi », elle choisissait Alain Juppé, au plus haut dans les sondages ; mais ça n’avait rien à voir avec son choix… Une embardée qui s’est terminée dans le décor, comme chacun sait.

Mais je m’écarte de la route. Donc, va pour « gaulliste sociale » ! Sous de Gaulle et Pompidou, on parlait des « gaullistes de gauche ». « Gaulliste social », ça fait plus chic. Mais c’est un peu comme démocrate-chrétien. À la fin, il ne reste que le démocrate. Et pour les « gaullistes sociaux » à la sauce Pécresse, il ne reste rien. La souveraineté, qui est tout de même le cœur nucléaire du gaullisme, est bazardée au grenier des incongruités et le social reste bloqué au tourniquet, augmentation du pass Navigo oblige !

Mme Pécresse veut renouer avec la droite qui serait le « métro à 18 h 00 », selon une formule qu’elle prête à de Gaulle (?). Elle qui vit à Versailles et lie le mot « identité » à celui de « repli » dans une moue qui ne peut déplaire à la gauche devrait peut-être laisser au parking sa petite auto et, justement, aller y faire un petit tour dans le métro à 18 h 00. Du côté de Barbès-Rochechouart, par exemple…

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