Editoriaux - Justice - Politique - 29 juin 2018

Vacances… je vous hais !

Ce n’est pas leur saison, mais les « marronniers » vont bon train à la veille des grands départs en vacances.

« Trop de gens ne partent pas en vacances », entend-on avec des trémolos dans la voix. Quelle injustice ! Comme s’il y avait un devoir à le faire. L’auteur de ces lignes se souvient d’avoir été marri d’apprendre, lors de son service militaire, qu’il était compté, comme le malade cloué sur son lit d’hôpital ou le vieillard dépendant du bon vouloir d’une EHPAD, au nombre de ces « malchanceux » privés de vacances. Il s’en est remis. La statistique est forcément trompeuse ; il n’y aura jamais qu’une frange de la population à partir ; l’essentiel est que ce ne soit pas toujours la même !

Autre cliché : « La France est le pays le plus visité du monde. » Cette affirmation, teintée d’un zeste de vantardise, mérite quelques bémols. Effectivement, plusieurs millions d’automobilistes « traversent » un pays qui, en plus de la diversité de son patrimoine, offre des occasions de passage. Leur destination est ailleurs, mais géographie oblige ! L’Europe du Nord prend ses quartiers d’été sur les rives de Méditerranée ! La France, pour ces « touristes », c’est le bitume des autoroutes, la fadeur de sandwichs sous cellophane, éventuellement une étape dans quelques motels anonymes et bruyants. Le gain, pour notre balance des paiements, est quasiment nul. Le statisticien verra monter et la courbe des accidents mortels et celle de la fréquentation touristique. Mais tout rapprochement entre ces deux courbes est nul et non avenu. sauf qu’une politique pour réduire la mortalité routière devrait être réellement « européenne », sinon rien !

C’est aux écolos qu’on doit le plus beau « cliché » estival. Les vacances, nous dit-on avec quelques relents rousseauistes, c’est le retour à la vie rustique, c’est le contact rétabli avec la nature, c’est même « Nature Assistance », puisque dame Nature, de généreuse et nourricière qu’elle était autrefois, est devenue, par la sainte parole de l’écologie politique, victime de tous les outrages. Elle est agressée par l’homme censé la protéger. Sa biodiversité est menacée ; pesticides, fongicides et autres assassins la cernent de toute part. Elle se meurt, vous dis-je ; elle est morte.

On se dit, alors, qu’on tient là une grande cause, que la jeunesse française et européenne va enfin se mobiliser et venir en masse secourir le malade.

Que nenni ! Jamais les campagnes françaises n’ont été aussi désertées. Les papa-cools qui proposent cabanes dans les arbres, tipis, yourtes et autres abris « de tradition » font moins recette que le plus modeste camping de la côte vendéenne. L’agriculteur qui, pour valoriser son travail, se résout à faire du « bio » en sacrifiant au consumérisme n’en est pas plus considéré qu’avant. La campagne n’attire pas grand monde, c’est même pour cela qu’on la sublime. La nature, moins on y va, plus on la fantasme. Au chant des oiseaux on préférera toujours le bruit et la fureur des stations balnéaires.

Mais puisque la nature, c’est aussi cet instinct grégaire qui pousse nos semblables à s’entasser l’été sur les littoraux. Laissons faire ; le respect de la nature passe aussi par là.
Et puis, il y aura toujours quelques « décalés », quelques « originaux », un peu agoraphobes, grandement épicuriens, qui sauront jouir de la campagne, la goûter dans sa beauté constamment renouvelée par la main… de ces travailleurs de la terre qui partent rarement en vacances !

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