Utérus artificiel : vers la production d’enfants ?

 

Une équipe de chercheurs de l’hôpital pour enfants de Philadelphie vient d’assurer le développement de fœtus d’agneaux durant quatre semaines ex utero (hors du ventre de leur mère). Les agneaux semblent s’être développés normalement au sein d’une couveuse améliorée, prototype d’un utérus artificiel constitué d’une poche plastique remplie de fluide jouant le rôle de matrice.

Si les spécialistes n’envisagent pas l’extension massive de la technologie de l’utérus artificiel à l’homme avant 2050, tel est assurément l’objectif poursuivi. Permettant, dans un premier temps, de sauver les très grands prématurés, l’utérus artificiel permettrait, de fait, d’abolir les conditions naturelles de grossesse.

Selon le mot du philosophe Günther Anders, la technique rendrait ainsi l’homme « obsolète ». Les perspectives sont vertigineuses. Le 27 septembre dernier, le magazine New Scientist révélait l’existence d’un enfant de cinq mois, en bonne santé, né au Mexique non pas de deux, mais de trois parents. Une manipulation visant à éviter une maladie génétique incurable, mettant fin à la nécessité biologique du couple, alors que la fécondation in vitro permet depuis les années 1980 de donner naissance à un enfant sans rapport sexuel. Après l’abolition de la sexualité reproductrice et du couple parental, l’utérus artificiel représenterait l’étape décisive, sinon ultime, de contrôle par la technique de la conception des enfants.

« Produire » un enfant deviendrait dès lors possible. En l’état, rien n’indique que de nombreux milieux sociaux s’opposent à cette possibilité. Nombreux sont, au contraire, les éléments témoignant simultanément d’une volonté de contrôle absolu de la procréation et du recours à la technique.

Chaque année, 50.000 femmes auraient recours à la stérilisation en France, irréversible, par ligature des trompes ou pose d’un anneau. 8 % des femmes françaises seraient ainsi stérilisées ; une « contraception définitive », selon le vocable officiellement adopté en 2001. La principale méthode de stérilisation masculine, la vasectomie (les canaux transportant les spermatozoïdes sont sectionnés ou bloqués), est quant à elle légale depuis 2001. Si la vasectomie demeure marginale en France, 13 % des hommes américains et 21 % des hommes anglais y ont actuellement recours.

Au-delà du découplage de la sexualité et de la reproduction se mettent en place les conditions du découplage entre la fécondité et le couple, le couple et la reproduction, partant, entre la reproduction « naturelle » et l’enfant.

Un nouveau cycle historique est en train de s’ouvrir.

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