Editoriaux - 22 juillet 2016

Une médaille pour les victimes du terrorisme a été instituée… le 13 juillet

Certains rient dans les cimetières, d’autres gesticulent sur la promenade des Anglais : peut-être la moins mauvaise façon d’exprimer notre respect pour les morts du 14 juillet est-elle d’épingler les singes qui nous gouvernent et qui, ayant été incapables de les protéger, se moquent carrément d’eux.

La dernière trouvaille de Ratatram et Glouglou est d’instituer une « médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme ». Le décret signé du tandem Valls-Hollande date du 13 juillet. Ils ont le sens du timing. C’est un bel objet : cinq pétales blancs intercalés d’oliviers, avec au revers deux drapeaux français entrecroisés.

À l’origine, le président de la République voulait décerner la Légion d’honneur à toutes les victimes du 13 novembre, mais un grand chancelier quelconque lui a fait observer que la Légion d’honneur prétend récompenser le mérite, alors que les victimes du terrorisme n’ont d’autre mérite que leur malheur, celui de s’être trouvé au mauvais moment au mauvais endroit.

Le préposé au bon sens terre à terre aurait pu faire valoir d’autres arguments. Que la Légion d’honneur est discriminatoire, par exemple : c’est un vestige de la préférence nationale, puisque nul ne saurait l’obtenir à titre normal s’il n’est français ; d’ailleurs, les enfants en sont privés et le conseil de l’ordre ne veille à la parité homme-femme que depuis 2008. Daech, lui, est bien plus égalitaire, et François Hollande pourra décorer pêle-mêle étrangers, femmes et enfants.

La médaille des victimes du terrorisme présente d’autres avantages : nul ne pourra l’acquérir par trafic auprès du gendre du président de la République, comme cela s’est fait du temps de MM. Wilson et Grévy. Nul ne pourra non plus en priver personne, à la différence de ce qui est arrivé à Papon, Galliano, Pétain ou Lance Armstrong.

De méchants esprits se demanderont si cette décoration est vraiment utile. Du temps des sauveteurs bretons (ils avaient une jolie devise, celle du duché de Bretagne, Potius mori quam foedari, plutôt mourir que se déshonnorer), on donnait des médailles aux sauveteurs, pas aux victimes. Mais dans la France solidaire de Ratatram et Glouglou, les deux statuts se valent et signalent le citoyen de l’État de droit en butte aux attaques de la barbarie. Ce statut est la protection que l’État socialiste offre à ses sujets, avec aussi l’état d’urgence, un mot si efficace que le sultan Erdoğan, qui n’est pas une fillette, l’a repris à son compte. Il est normal qu’il soit signalé par une médaille spéciale, qui coûte moins cher à la République française que les dispositifs compliqués susceptibles d’arrêter le terrorisme.

Un dernier point. La nation, ou ses représentants légaux, entend montrer sa reconnaissance aux victimes. Bien. Mais il faut préciser. Quel services ont-elles rendu, et à qui ? Ici, on a du mal à sourire, car le sang scelle l’ignominie : on décore les morts du 14 juillet et du 13 novembre parce que la comédie de la compassion dont ils sont l’objet masque l’impéritie du pouvoir qui les a laissés mourir. Ratatram et Glouglou ne sont pas seulement des guignols, ce sont des criminels.

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