Editoriaux - 17 août 2018

Un sexe autre ?

Les normes sont sans doute fascistes, et celle de l’état civil ne fait pas exception. Nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance, filiation, mariage(s), décès, domicile : des cases un brin psychorigides qui s’imposent au quidam. Certes, des révolutionnaires luttent contre cette dictature étriquée. Christiane Taubira, par exemple, a permis que se marient deux personnes de même sexe et que des filiations mensongères soient établies pour l’enfant conçu orphelin pour être adopté par l’autre.

Il y a, depuis des temps immémoriaux, des trous dans la raquette. Parfois, l’enfant, abandonné de ses parents, est adopté et, dans son intérêt, une filiation d’intention se substitue à la réalité, ou il n’a pour père qu’un fantôme qui a pris la poudre d’escampette sans assumer les conséquences de son plaisir, ou encore le père de l’état civil n’est pas à l’origine du spermatozoïde qui a fécondé l’ovule.

Pour le sexe, une réponse binaire est parfois insuffisante. Pour l’immense majorité des personnes, il existe une cohérence entre les chromosomes, les organes génitaux, l’anatomie et le système hormonal. Mais il y a aussi des exceptions qui font que la réponse « masculin » ou « féminin » ne peut être qu’une simplification, qu’une décision dont l’aspect arbitraire peut sembler abusif. Il y a aussi des personnes qui se sentent d’un sexe différent de celui qui leur a été « assigné » par l’état civil, et qui en souffrent. Certaines de ces personnes transsexuelles contestent que cette souffrance soit une pathologie et revendiquent le droit de changer d’état civil sur simple déclaration. Et il y a les 52 genres de Facebook, florilège de frapadingueries pour cerveaux vides mais branchés.

L’Allemagne a décidé d’innover en créant un troisième sexe : « autre ». La Cour constitutionnelle avait, en 2017, jugé discriminant envers une personne intersexuée, née sans pénis ni vagin, cette classification trop binaire. Jusqu’à présent, les Allemands avaient, depuis 2013, la possibilité de ne pas renseigner leur sexe. Un projet de loi adopté par le gouvernement sera proposé au vote du Bundestag. En France, en 2017, la Cour de cassation avait rejeté l’existence d’un sexe « neutre ». Mais cet « autre » sera-t-il réservé aux personnes objectivement intersexuées ou est-ce un cheval de Troie pour encore un peu plus de déconstruction à venir ? Il est un exemple de crime dépénalisé devenu un droit prétendument fondamental.

Les réactions au sein du lobby LGBT ne sont pas univoques : SOS Homophobie voit là une avancée majeure dans un tweet quand le Collectif Intersexes et Allié.e.s (qui, pourtant, se nomme en usant de l’écriture inclusive) revendique l’abrogation de toute catégorie sexuée.

Sans être spécialiste en la matière, j’imagine que le bien-être et le bien-vivre des personnes intersexes et transgenres dépendra plus de soins médicaux et psychologiques de qualité et plus respectueux (pas de chirurgie de réassignation mutilante précoce ou obligatoire, par exemple) et d’un regard mieux informé du monde sur leurs situations que d’une modification de papiers d’identité. Et si les facéties de l’état civil africain ont donné à Erik Orsenna matière à écrire de succulentes pages dans son roman Madame Bâ, nous pourrions rester d’un conformisme prudent, certes un brin obsolète, pour ce qui est de nos normes d’état civil dès lors que nous ne perdons pas l’indispensable bienveillance qui doit présider aux relations avec les personnes qui souffrent de ne pas être dans la norme.

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