Un pèlerinage au Liban, à la rencontre des chrétientés orientales

Dans quel but l’association SOS Chrétiens d’Orient organise-t-elle un pèlerinage au Liban prochainement ?

La vocation de SOS Chrétiens d’Orient est de contribuer à retisser les liens entre les Français et les chrétientés orientales. Ce lien ne peut être renouvelé que par la foi.

Si des attaches historiques unissent le pays des Cèdres à la France, c’est bien dans la prière qu’il sera possible de rebâtir une relation concrète avec nos frères chrétiens libanais.

Nous proposons donc de découvrir, pendant cinq jours, les divers patriarcats libanais et de nous rendre dans des lieux aussi fascinants que la Qadisha (vallée sainte), Beyrouth ou encore Annaya, la ville de l’ermitage de saint Charbel. L’occasion, pour les pèlerins, de découvrir ou redécouvrir les rites orientaux, l’histoire du Liban et le message de SOS Chrétiens d’Orient, accompagnés d’un prêtre de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier.

Je vous invite à vous inscrire et à faire connaître ce pèlerinage à vos amis. C’est aussi, pour ne pas dire surtout, grâce à ces moments que nous pourrons aller au-devant de communautés qui méritent d’être connues et aimées.

Une branche de votre association est désormais présente au Liban. Pour quelles missions ?

L’association fille du Liban, qui s’appelle Massihiyoun Ma’an, est animée par Élisa Bureau, une étudiante française installée à Beyrouth. Sa mission fondamentale est la même que celle de nos équipes parisiennes : tisser des liens entre les communautés chrétiennes. C’est, d’ailleurs, le sens fort de notre pèlerinage puisqu’il se place sous le patronage de saint Ignace d’Antioche, grand serviteur de l’unité chrétienne.

Cette mission prend différentes formes : des temps de prière et d’échange entre chrétiens libanais et français, des cycles de conférences sur les spécificités des Églises orientales et de leurs rites.

Mais cette mission se décline également très concrètement : pendant notre mission de Noël au Liban, Massihiyoun Ma’an nous a permis de distribuer des cadeaux à Notre-Dame-de-Jabouleh, une école située à quelques kilomètres d’Ersal (une ville de la Bekaa qui connaît encore des affrontements avec les milices islamistes) ou encore de passer une journée avec des réfugiés irakiens au Liban, à la découverte du Chouf et de Notre-Dame de l’Attente.

Enfin, cette association basée au Liban nous permet d’échanger et d’œuvrer dans tout le Proche-Orient, grâce à plusieurs Libanais de grande qualité !

Presque 2 millions de réfugiés sont désormais au Liban, pays de 4 millions d’habitants… Quels problèmes majeurs pose cette présence massive et soudaine ?

Il y a au Liban des Palestiniens, des Syriens, quelques Irakiens et même des Soudanais.

Une arrivée aussi massive de migrants pose d’énormes problèmes économiques et civilisationnels au Liban, d’autant que le lourd passé des conflits entre la Syrie et le Liban est encore vif et les tensions encore bien réelles. Il existe deux problèmes majeurs : économique et sécuritaire.

Impossible de connaître le nombre exact de réfugiés, mais leur présence provoque inévitablement une hausse du chômage, l’augmentation du prix des loyers et du foncier.

Mais la situation sécuritaire est encore plus inquiétante : certains réfugiés syriens adhèrent aux idées de l’État islamique et sont aujourd’hui présents dans les camps, parmi d’autres Syriens venus se réfugier loin des horreurs de la guerre.

Pour les chrétiens syriens, un autre problème s’impose : à Zahlé, par exemple, dans la Bekaa, ils ne peuvent s’enregistrer à l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) que s’ils se positionnent officiellement contre Bachar el-Assad. Une conception bien étrange de l’aide humanitaire.

En bref, le Liban souffre, comme l’ensemble de la région, de la déstabilisation du Proche-Orient, et l’afflux de réfugiés est l’une des conséquences de la stratégie internationale dans la région, qui n’en finit plus de menacer les autochtones.

Les Libanais craignent-ils l’extension de la menace islamiste ?

Bien sûr, puisqu’elle est à la fois voisine et intérieure.

La déstabilisation gravissime de la Syrie et de l’Irak inquiète car elle s’étend par le biais de certains réfugiés d’une part, mais également parce que ceux qui alimentent le chaos n’ont aucune raison de s’arrêter aux frontières libanaises.

Mais le danger est aussi intérieur : la ville d’Ersal, dans la Bekaa, a subi d’importants combats et le Sud-Liban craint de subir les contrecoups des combats en Syrie. Beyrouth et Tripoli ont également été secoués par plusieurs attentats cet été.

Le Liban dépend de la stabilité de la région : les affaires intérieures du Liban sont souvent liées aux interactions étrangères. Il faut seulement espérer que la France n’y suive pas le même chemin qu’en Syrie, où notre gouvernement a soutenu le pire.

Les chrétiens libanais ont une solide tradition de résistance et d’indépendance, mais les inquiétudes occupent de plus en plus les esprits… C’est justement par des pèlerinages comme celui-ci que nous pouvons, modestement, les soutenir !

propos recueillis par Charlotte d’Ornellas

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