Editoriaux - Histoire - 13 novembre 2018

Un centenaire escamoté, une escroquerie mémorielle

Devant mon petit écran, je ressentais, dimanche, 11 novembre 2018, comme un profond sentiment de malaise. Pourtant, la célébration du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, qui voyait notre pays vainqueur au faîte de sa gloire mais, in fine, terriblement meurtri par l’ampleur des pertes et des destructions, aurait dû susciter chez moi fierté, nostalgie, émotion pour nos glorieux aînés, et empathie pour nos anciens adversaires, devenus nos alliés. C’est au moment où la caméra nous offrit un panoramique des Champs-Élysées que je compris pourquoi je restais de glace devant la cérémonie. L’avenue était déserte, le peuple maintenu à distance, le focus était exclusivement tourné vers les dirigeants planétaires.

Où était le peuple de France, les descendants des héroïques poilus, l’Union sacrée de tous les Français dans les tranchées ? Tout simplement escamoté au profit d’une théâtrale représentation d’un artiste brillant, mais un peu cabotin, devant un public rare mais hautement sélectionné. Une fois de plus, les élites contre le peuple ou, du moins, à la place du peuple, cela devient lassant.

Oubliées, les avenues noires de monde de 1918, où chacun sentait qu’il avait participé à l’Histoire au prix de sa vie, de sa santé, de ses fils et de sa fortune… Vive le périmètre sécurisé où les agendas politiques peuvent s’exprimer à destination des médias sous couvert de commémoration.

Mon malaise s’expliquait : j’étais le témoin d’une escroquerie mémorielle, les fameuses escroqueries aux bons sentiments. La Première Guerre mondiale nous appartient à tous, que nous votions Macron, Mélenchon, Fillon, ou Le Pen. Dans les tranchées, l’Action française a fait bon ménage avec les socialistes, les bouffeurs de curé avec les calotins. Qui, de nos grands-pères, était patriote ou nationaliste ? Au moment où il fallait monter à l’assaut derrière le drapeau, tout le monde s’en fichait bien.

Souvent, dans ces circonstances de mémoire, j’ai les larmes aux yeux, je fredonne « La Marseillaise » dans mon salon et je ressens des frissons près du cœur. Dans le cas d’espèce, je suis resté de marbre, écoutant un prêchi-prêcha, mélange de grands principes et de considérations politiciennes du moment, qui m’a inspiré quelques réflexions n’ayant rien à voir avec ce que nous étions censés célébrer.

Le patriotisme des adversaires politiques de la majorité parlementaire du moment, c’est le funeste nationalisme.

Le multilatéralisme, c’est la plainte des faibles qui ne veulent pas ou ne peuvent pas faire les sacrifices de la puissance. Le monde est déjà multilatéral : Chine, USA, Russie… Où est l’Europe qui espère désarmer les forts afin de compenser son insignifiance militaire ?

Comment peut-on, sans vergogne, agiter la menace surréaliste d’une guerre en Europe pour justifier une politique migratoire ?

Bref, un naufrage de bons sentiments et de recherche de profit électoral, auquel ont échappé (dans l’ordre) :
Les Chinois qui, n’étant pas concernés directement, ont évité le voyage.
Les Anglais, qui ont opté pour une cérémonie impliquant toute leur communauté nationale chez eux.
Trump et Poutine, qui ont refusé de prendre l’autobus et ont tenu leur propre rencontre privée entre adultes.

À l’instar du regretté Jean Yanne, nous reconnaîtrons que « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » devrait rester une farce d’anarchiste de droite.

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Cela commence à sentir le roussi, non ? …