Armées - Editoriaux - Internet - Politique - 13 août 2017

Tweeter or not tweeter, that is the question

La réaction tweet tardive du Président douze heures après l’attentat islamiste contre les soldats de Sentinelle pose un certain nombre de questions qui s’inscrivent dans le cadre plus général de la place que doivent tenir les autorités politiques et institutionnelles.

Boulevard Voltaire ne saurait m’accuser de macronite aiguë, et pourtant, en complément à l’édito de l’excellent Jean-Pierre Fabre-Bernadac, qu’il me soit permis d’avancer d’autres arguments.

D’abord, faisons litière des réactions des « pipoles » qui nous gouvernent et qui ont fait part de leur plus « grande colère » sur Twitter, à savoir : « lâche attentat, soutien aux blessés, détermination, acte odieux, salut au professionnalisme des militaires (?), de tout cœur avec vous, indignation, émotion, pensées », etc. Bref, « le petit chat est mort ». D’embuscade bien préparée, de meurtre prémédité, de terrorisme, d’islam, rien ! On peut toutefois souligner avec respect et admiration la rapidité de la police à intercepter le « suspect » et à le neutraliser avec d’autre armes que « #with love ».

Il se trouve ainsi qu’à la remorque du président Trump, les conseillers Twitter des ministres et du Président sont devenus, en quelques mois, les personnages centraux de la politique spectacle H24, mais en même temps sa prison. Out le Castaner porte-parole. Dépassé par le temps. On veut tout, tout de suite, être le premier à déposer son bouquet de fleurs et sa bougie. Premier dans l’émotion, mais dernier dans l’action.

Mais est-ce bien le rôle du président de la République, des ministres de l’Intérieur et des Armées, du chef d’état-major des armées, des préfets (pour ne citer qu’eux) d’être systématiquement présents sur les scènes de crime à chaque fois qu’il s’en produit un ? N’ont-ils rien d’autre à faire ? Imaginons Clemenceau allant sur le front à chaque fois qu’un soldat tombait ? Ou de Gaulle au chevet des CRS blessés par pavés interposés sur le Boul-Mich ? Ou Pasqua à Marseille auprès des gendarmes blessés du GIGN après leur magnifique assaut de l’Airbus qu’un commando islamiste (déjà) avait pris en otage pour fêter Noël ?

C’est poser la question de la place du chef et de la subsidiarité. Il est évident que la présence, sur les lieux d’un crime, d’une haute autorité politique qui arrive comme les carabiniers est parfaitement inutile. Sa place est à son bureau ou en cellule de crise à préparer la réaction adéquate à l’événement et à donner ses ordres. Par exemple : #Manu Jupiter. Salafisme hors-la-loi. Moquées salafistes fermées. Sentinelle chargée de l’opération aux ordres des préfets de région et commandants de zone de défense.

Et voilà les choses remises en place ! Outre dix points de popularité regagnés. La subsidiarité respectée, chacun agissant à son niveau de compétence, avec une entière responsabilité d’action, non disputée ni marchandée, et couverte par l’autorité supérieure quant aux dégâts dits collatéraux. Et Macron et ses ministres enfin à la juste place qui est la leur, aux commandes et pas à la parlote.

C’est peut-être ce qu’il a essayé de faire en ne réagissant que tardivement à l’aune des réseaux sociaux qui ne sont ni une voie de commandement ni une voie politique, hors la mise en scène permanente dont il est pourtant si friand. Sans doute – et donc à sa décharge – avait-il relu de Gaulle ce matin-là : « Et tout d’abord le prestige ne peut aller sans mystère, car on révère peu ce que l’on connaît trop bien. »

Ca pourrait faire l’objet d’un tweet, non ?

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