« Tunisie, moi j’y vais… moi j’y meurs ! »

L’attentat terroriste du 18 mars 2015 au Bardo, faisant 22 morts, en majorité des touristes étrangers, provoquait l’annulation de nombreuses réservations. Pour relancer très vite l’intérêt de la destination Tunisie et assurer le succès de la haute saison touristique de l’été 2015, il fallait une publicité choc, il fallait montrer que des personnalités connues n’avaient pas peur d’aller se faire bronzer du côté de Djerba ou d’Hammamet. Voilà comment naquit l’idée d’une pancarte explicite brandie par des célébrités. Deux mois plus tard apparaissaient sur les Abribus des grandes villes de France des affiches reproduisant le visage hilare et confiant d’artistes, de journalistes ou d’hommes politiques proclamant : « Tunisie, moi j’y vais. »

Tragique ironie après ce qui vient de se passer, vendredi dernier, le long de la côte méditerranéenne à El Kantaoui, près de Sousse. Au moins 38 touristes européens – français (?), allemands, suisses et britanniques – ont été abattus, 39 ont été blessés, dans une traque qui s’est déroulée sur la plage et poursuivie dans la piscine de l’hôtel Riu Imperial Marhaba.

Disons-le, ces favoris des médias portent une responsabilité immense et, parmi eux, avant tout, les politiques telles ces divas sur le retour que sont Bertrand Delanoë, Jack Lang ou Frédéric Mitterrand.

Immense parce qu’ayant eu de hautes responsabilités, ils savaient que l’armée et la police tunisiennes n’étaient pas fiables, ne parvenant même pas à faire face à un petit maquis d’une soixantaine de combattants. La meilleure preuve est d’ailleurs l’attente insoutenable dans le complexe hôtelier, plus d’une demi-heure, avant que les forces de l’ordre n’interviennent pour abattre le terroriste.

Immense parce que, quand le ministre de l’Éducation tunisien, Néji Jalloul, affirmait à la tribune que la menace terroriste en Tunisie était en cours d’éradication, nos « belles âmes » savaient parfaitement que ces belles paroles ne valaient que langue de bois. En effet, la veille, quatre gendarmes avaient été tués dans deux incidents dans le nord du pays.

Immense parce que la déstabilisation de la Libye avec l’accord de ces mêmes politiques à entraîné la porosité de la frontière tuniso-libyenne. Que plus de mille jeunes Tunisiens sont partis faire le djihad en Irak, en Syrie ou en Libye. Et qu’une fois aguerris, ils reviennent ou reviendront formés pour en découdre avec l’État tunisien.

Immense car il était facile de comprendre que les étrangers seraient les premiers ciblés dans de nouveaux attentats. Alors que les tueurs, comme au Bardo, se garderaient bien de s’en prendre à leurs concitoyens, tout simplement parce que ces derniers sont musulmans et les autres pas.

Immense, enfin, car il est facile de dire « Moi, j’y vais » quand on sait que l’on ne risque rien, quand on possède une protection rapprochée constituée de gardes du corps et d’éléments de la gendarmerie tunisienne, pendant que le simple touriste est livré à lui-même. Ces vedettes médiatiques ont été payées cher pour ces publicités et n’ont pris aucun risque. J’espère qu’aujourd’hui, elles réalisent la nocivité de leur implication et qu’elles en éprouvent une certaine culpabilité.

Par contre, pour les victimes, le slogan médiatique s’est transformé depuis ce vendredi 26 juin en : « Tunisie, moi j’y vais … moi j’y meurs ! »

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