Editoriaux - International - Politique - Table - 20 juin 2018

Trump : dans les relations internationales, les plus brutaux ne sont pas forcément les plus dangereux

La rencontre de Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un est, incontestablement, un acte de paix. Même si on ne sait pas encore quelles en seront toutes les suites, l’initiative de Trump a changé la donne dans cette région du monde. Il a débloqué une situation de tension gelée depuis des années.

Trump est aussi celui qui a décidé de retirer les troupes américaines de Syrie, malgré les efforts aussi pathétiques que ridicules de Macron pour qu’il les y maintienne.

Et Trump, que l’opinion commune dit être un danger pour le monde, à qui il arrive de parler avec une violence sans précédent dans les relations internationales, n’a encore déclenché aucune guerre, à la différence de son prédécesseur si policé Obama et de sa si intellectuelle secrétaire d’État Clinton, qui en ont déclenché quatre.

Trump est d’autant plus obligé de jouer les durs qu’il se trouve en porte-à-faux comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait été : désireux de rencontrer Poutine en tête-à-tête, comme il serait normal qu’il le fasse, il en est empêché par la procédure lancée par ses adversaires pour l’aide supposée que la Russie lui aurait apportée dans son élection. Face à une administration hostile, il est contraint à des déclarations violentes – contre la Syrie, l’Iran, voire la Russie (et, hier, la Corée du Nord) ou à des simulacres de terribles bombardements, comme celui du 14 avril dernier en Syrie, que l’on pourrait croire méticuleusement planifié avec les Russes pour ne faire de mal à personne. Chemin difficile d’un homme de paix à qui tout soupçon de faiblesse serait fatal.

On dit que Trump veut élever des frontières, notamment avec le Mexique. Ses prédécesseurs néo-libéraux, étaient, eux, prompts à les effacer, dans les Balkans ou au Proche-Orient, quitte à détruire toute structure étatique, à coup de B-52.

Si vis pacem , para bellum, dit le vieil adage. Le cas de Trump illustre bien ce qui s’observe si souvent dans les relations internationales : ceux qui paraissent les plus durs, les plus menaçants, les plus raides dans la défense de leurs intérêts nationaux ne sont pas forcément, quant au fond, les plus belliqueux.

Le président Nixon passait pour un faucon, un extrémiste de la guerre froide. C’est cependant lui qui a ramené la paix au Vietnam, tendu audacieusement la main à la Chine de Mao, ouvert avec l’URSS un dialogue qui conduisit aux accords SALT et à ceux d’Helsinki. À l’inverse, le président Kennedy, bien mieux vu de l’opinion internationale, qui savait si bien jouer de son charme juvénile, reste celui qui a commencé la guerre du Vietnam, laquelle devait s’avérer un drame majeur pour ce pays et un terrible échec pour l’Amérique. Après lui, Johnson, bien vu aussi de beaucoup pour sa politique sociale et son combat contre les discriminations, ne sut que s’y enfoncer.

En France, le général de Gaulle, réputé nationaliste ombrageux, mal vu des bien-pensants de tous bords, a terminé deux guerres et n’en a commencé aucune. Les démocrates-chrétiens du MRP, si modérés, si bien élevés, si proches de l’épiscopat, ne surent que jeter de l’huile sur le feu au commencement des guerres d’Indochine et d’Algérie. Il fallut faire, pour dénouer ces deux conflits où la IVe République s’enlisa, faire appel à un juif franc-maçon, Mendès France, et au Général, qu’on soupçonnait dans les sacristies de ne pas être un vrai catholique, sans doute parce qu’il cultivait trop la vertu de force.

Ainsi, l’habit ne fait pas le moine. Depuis longtemps, déjà, ceux qui font la paix ne sont pas les plus onctueux, ni les moins rudes ; ceux qui font la guerre ont souvent l’air de gens très convenables.

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