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Trump, c’est fini ?

Consultant stratégique
 

Après avoir conquis ou contrôlé les Amériques, les États-Unis sont passés, au XXe siècle, à la déstabilisation systématique de l’Eurasie et de ses empires. Depuis l’implosion de l’Union soviétique, les voici, au XXIe, conduisant en état d’ivresse, se rêvant un destin d’empire universel…

Dans son ouvrage prémonitoire paru en 2002 (A Republic Not an Empire – A Manifesto for the New AntiWar Movement), Pat Buchanan (ancien collaborateur de Nixon et Reagan) résumait : « L’Amérique a repris les rôles historiques de l’Empire allemand (fermeture de l’Europe à la Russie), de l’Empire autrichien (police des Balkans), de l’Empire britannique (surveillance des bras de mer et océans et protection du golfe Persique), de l’Empire ottoman (maintien de la paix en Terre sainte), de l’Empire japonais (défense de la Corée et blocage de la Chine) et de l’Empire espagnol (contrôle de l’Amérique latine). Bref, nous nous sommes engagés à défendre une demi-centaine de nations dans le monde… avec un budget inférieur à 3 % de notre revenu national ! »

La campagne de Trump – le businessman anti-gaspillage – était porteuse d’espoir, tant pour le monde (multipolarité, enracinement, relance économique mondiale, éradication du djihadisme) que pour les Américains (réindustrialisation, infrastructures, fin des frontières passoires comme de la dissolution culturelle du pays). Effectivement, le jour de sa prestation de serment, Trump a rappelé ces principes, ajoutant : « Je n’ai pas été élu pour être le président du monde ! » Qu’en reste-t-il ? Rien…

La semaine du 19 mars sera retenue comme celle où Trump-le-négociateur s’est fait rouler dans la farine. Force est de constater que, pendant quatorze mois, il a servi d’idiot utile au quadrige Pelosi-Schumer-Ryan-McConnell (les quatre leaders parlementaires de deux chambres qui font la pluie et le beau temps à Washington). Ainsi du budget voté par les deux chambres et présenté, vendredi dernier, à la signature de Trump 48 heures avant la date de fermeture du gouvernement. Sarcastique, le site Axios a conclu que Trump avait très efficacement réalisé le programme Obama (« How Trump delivered on Obama promises — big time »).

En échange d’un budget militaire « kolossal », on lui a fait renoncer à toutes les coupures promises aux électeurs (par exemple, les subventions à l’avortement, ou aux « cités sanctuaires » de l’immigration illégale, ainsi que toutes sortes de subventions culturelles « obamiennes ») comme au financement du mur, et des effectifs complémentaires de contrôle aux frontières. Bref, tout se passe comme si on a voté un budget d’invasion territoriale extérieure, tout en ouvrant le territoire national à une Reconquista sud-américaine, ignorant en prime le trafic de la drogue qui tue plus de citoyens annuellement que ne le fit, annuellement, la guerre du Vietnam.

L’ancien Trump aurait exercé son veto et renvoyé les parlementaires au travail, ou créé la crise pour rebondir. Il ne l’a pas fait. Parce que le général Mattis est intervenu, voulant à tout prix son supplément de budget équivalant, à lui tout seul, au budget militaire total de la Russie. Le nouveau Trump, privé du compas de Steve Bannon, entre dans une logique militariste et s’entoure de faucons pour l’exécuter. Les jours de Trump seraient-ils comptés ? Il semblerait que l’Amérique soit déjà entre les mains du président Romney et de la vice-présidente Pelosi. La base trumpienne est furieuse…

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