Editoriaux - International - 22 décembre 2018

Trump annonce le retrait américain de Syrie… et, cette fois, ça semble sérieux !

Cette fois, ça a l’air sérieux. Donald Trump avait annoncé, pendant sa campagne électorale, que les États-Unis se retireraient de Syrie. Il l’avait ensuite confirmé mais rien ne s’était passé.

Et puis, après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, en avril 2017, imputée sans aucune preuve à l’armée syrienne, un revirement semblait s’être produit. Trump avait ordonné un bombardement de représailles en insultant allègrement Bachar el-Assad. Les faucons de la Maison-Blanche reprenaient du poil de la bête et semblaient convaincus d’avoir fait changer d’avis leur président. Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, annonçait encore récemment que les États-Unis ne partiraient pas tant que l’Iran serait présent en Syrie.

Autant dire que le tweet de Trump en a surpris plus d’un. Le secrétaire à la Défense, James Mattis, un faucon, n’a pas supporté d’être ainsi désavoué et a annoncé sa démission. La Maison-Blanche est donc en pleine tempête, mais elle a l’habitude.

Bien sûr, un revirement est toujours possible avec ce président sanguin et versatile. Mais la démission de Mattis est tout de même un symbole fort, même si les désaccords étaient nombreux entre les deux hommes.

Au-delà de la promesse électorale tenue concernant une guerre qui n’intéresse pas les Américains, quelle peut être la motivation de Trump ?

Car le retrait de ses troupes est une trahison de son allié kurde qui constituait son infanterie contre Daech. De plus, il mécontente Israël et réjouit ses ennemis du moment : la Russie, et surtout l’Iran.

Afin de comprendre, il faut se tourner vers la Turquie. Pour Erdoğan (mais ce serait la même chose pour tout dirigeant turc), l’ennemi, c’est le Kurde. L’alliance américano-kurde l’exaspérait donc. La Russie lui faisait les yeux doux malgré leur fort antagonisme du début de la guerre, et l’achat de missiles russes se profilait à l’horizon. Pour un membre de l’OTAN, cela faisait désordre.

Trump était donc confronté à cette alternative : continuer d’occuper un tiers de la Syrie avec 2.000 hommes et ses auxiliaires kurdes en creusant l’antagonisme avec Ankara ou lâcher son allié et tenter une réconciliation avec la Turquie. Ce n’est, d’ailleurs, pas gagné car Erdoğan reste persuadé que les Américains sont derrière la tentative de coup d’État qui a failli le renverser en juillet 2016.

Trump a donc choisi (s’il va jusqu’au bout) et les conséquences vont être importantes en Syrie. Les Turcs vont probablement attaquer les Kurdes dans le nord et, en échange, l’armée syrienne aura le droit de reconquérir une partie de la province d’Idleb, tout cela sous contrôle et accord de la Russie qui n’en demandait pas tant.

Pour justifier sa décision, Trump a indiqué que le travail était accompli et que Daech était vaincu. Le problème, c’est que ce n’est pas tout à fait vrai. Bien sûr, il n’en reste plus grand-chose, et sans doute moins de 5.000 hommes sont en état de se battre actuellement en Syrie. Ce n’est pas avec ça que l’on peut reconquérir grand-chose. Mais ces hommes sont toujours là et le fait que leur chef soit toujours vivant montre une capacité de résistance incontestable. Pour les Américains, qui avaient tenu à distance Russes et Syriens sur ce front, c’est, en fait, un échec.

Daech est très affaibli mais l’islamisme sunnite n’est pas près de s’éteindre.

Malgré cela, les Américains ont mis un tel chaos au Proche-Orient qu’un retrait de leur part est tout de même une excellente nouvelle, au moins pour la Syrie.

À lire aussi

Moyen-Orient : États-Unis, Russie, chacun son sommet

Ce qu’il y a de distrayant, avec les États-Unis, c’est que leur volonté de paix est toujou…