Editoriaux - 24 décembre 2018

Trois policiers motocyclistes en passe d’être lynchés sur les Champs-Élysées

Les images reprenant l’agression, par des manifestants, de trois policiers motocyclistes de la préfecture de police de Paris font le tour des réseaux sociaux et de larges développements dans les médias depuis 48 heures. En effet, ce samedi 22 décembre, en marge de l’acte VI des gilets jaunes, une équipe de motocyclistes positionnée à l’angle de l’avenue George-V et du rond-point des Champs-Élysées, à Paris, a été violemment prise à partie par plusieurs dizaines de manifestants. Après de brefs échanges de coups, et après qu’un des policiers a dû sortir son arme pour faire reculer les agresseurs, les motards ont pu prendre la fuite non sans laisser une de leurs machines sur place. Cet épisode, symptomatique de l’extrême violence qui accompagne les manifestations des gilets jaunes depuis plusieurs semaines, aurait pu, sans le sang-froid des policiers, tourner au drame et faire prendre un tournant irréversible à un mouvement qui paraît désormais, à bien des égards, hors de contrôle de ses initiateurs.

Confrontés à des mouvements de foule inorganisés et à des groupes venus de l’ultra-droite et de l’ultra-gauche, renforcés il est vrai par quelques gilets jaunes « radicalisés », les responsables du maintien de l’ordre ont dû, en quelques semaines seulement, revoir leur conception du rétablissement de l’ordre public. La doctrine qui prévalait jusque-là, et qui excluait autant que possible toute forme de contacts directs entre forces de l’ordre et manifestants, venait, en effet, de trouver ses limites. Déstabilisés par des groupes très mobiles et extrêmement violents, gendarmes et policiers ont été contraints de revoir et leurs dispositifs statiques et leurs modalités d’intervention.

Dans le cadre de cette nouvelle tactique opérationnelle, les effectifs de police en civil, infiltrés dans les rangs des manifestants, et que certains médias ont souvent voulu faire passer pour des casseurs en service commandé afin de discréditer le mouvement des gilets jaunes, ont trouvé toute leur utilité. Le nombre conséquent des interpellations au fil des week-ends est ainsi venu en attester. Quant aux policiers motocyclistes, tels que ceux qui ont été pris à partie, leur rôle est simplement d’intervenir sur de petits groupes de manifestants afin de les disperser rapidement et d’éviter des regroupements plus importants, souvent plus difficiles à contenir. Ils n’ont, en revanche, contrairement à ce que certains journalistes ont voulu faire croire, rien à voir avec les groupes de voltigeurs motocyclistes qui intervenaient dans les manifestations dans les années 1980. En effet, ces derniers étaient composés de policiers issus des compagnies motocyclistes de la préfecture de police et d’agents issus de la compagnie des moniteurs de l’École nationale de police de Paris. En binôme sur une moto tout-terrain, leur mission était d’aller directement au contact des manifestants, de les disperser, voire de les interpeller. Rien de tel, aujourd’hui, puisque l’on voit nettement sur les images diffusées que les motards agressés sont seuls sur leur machine, qu’ils ne sont pas équipés de matériel de maintien de l’ordre spécifique et que leurs motos sont celles qu’ils utilisent dans le cadre de leurs missions habituelles, souvent liées à la police générale (circulation et sécurisation), ainsi qu’à la lutte contre la criminalité de voie publique.

Ainsi, si le pire a, une fois encore, pu être évité de justesse, il faut malheureusement craindre que les scènes d’émeutes urbaines et de violences auxquelles on assiste de plus en plus fréquemment ne finissent, à force, par déboucher sur un drame.

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