Editoriaux - Politique - Presse - 15 octobre 2017

Tous morts

Tous morts ! Cette semaine, dans L’Express, Jacques Julliard écrit « Requiem pour une gauche défunte », Frédéric Beigbeder lance, exaspéré, dans une vidéo sur Boulevard Voltaire : « Si ni les LR ni le FN ne peuvent se relever, euthanasions-les ! », et Marianne titre, à propos de l’élection du président des LR : « L’élection qui n’intéresse personne. »

Nada, rien. La route politique est plus déserte que l’avenue de l’Opéra à Paris le 15 août. Tout le monde se barre du reste. L’icône du FN, la belle Marion, puis son plus farouche adversaire idéologique en interne, le fringant Philippot. Du reste, ils ont raison, les jeunes. Mieux vaut partir avant d’être foutus dehors comme il arrive à ceux de Sens commun, qui ont dû annuler leur journée politique de rentrée, les caciques de LR s’étant tous décommandés…

Quand tout est mort et silencieux, il faut crier ; quand tout le monde dort, il faut choquer, provoquer, réveiller.

À droite, on provoque en osant des idées radicales. Un nouveau magazine qui vient de sortir après une gestation estivale annoncée s’intitule L’Incorrect.

À gauche, on provoque en grattant au sang là où ça fait mal. Après l’assassinat de Laura et Mauranne par égorgement et éventration à l’arme blanche, la députée Danièle Obono, de La France insoumise, déclare qu’un conducteur de bus qui refuse de s’asseoir sur le siège que vient de quitter une femme n’est qu’un misogyne alors que tous auront compris qu’il respecte les mêmes principes religieux que l’assassin de Marseille. Pour faire bonne mesure, ce dernier sera qualifié de « martyr » par Sonia Nour, une militante communiste collaboratrice du maire de La Courneuve qui déplorera aussi qu’on ne parle que du crime de la gare Saint-Charles alors que « le terrorisme patriarcal », lui, bien français naturellement, tue une femme tous les deux jours.

Pour exister, on peut amuser la galerie, aussi. Par exemple, avec la demande officielle faite à l’Assemblée nationale par Mélenchon d’enlever le drapeau européen qui comporte douze étoiles, comme celles qui entourent le visage de la Vierge dans l’iconographie traditionnelle chrétienne, ce qui, du reste, avait été expressément voulu par le très chrétien fondateur de l’ex-Communauté européenne, Robert Schuman. Philippot, de peur qu’on ne l’oublie, en a rajouté une couche, tweettant, le 4 octobre, qu’il fallait, bien sûr, « retirer ce torchon de l’oligarchie européiste » des bâtiments officiels.

Sens commun, au point où il en est, devrait saisir l’occasion de s’illustrer en demandant le retour du visage de Marie au centre des étoiles du drapeau européen…

Oui, il faut s’y faire : le roi Macron règne, et les amuseurs amusent. Rien de sérieux ne se profile contre sa majesté .

Aucun risque de collusion entre Mélenchon et Valls grâce à l’islamophilie débridée du premier et au réveil « clemenciste » de l’autre.

Aucun risque d’entente à droite, entre un Laurent Wauquiez convaincu du nazisme latent du FN et des LR « constructifs » persuadés du nazisme de Wauquiez.

Un seul point positif à cette déroute générale : la presse, boostée par les réseaux sociaux véhiculant les rages populaires et les chroniques musclées d’Éric Zemmour, semble se réveiller la première dans le château de la belle endormie. Sera-t-elle le seul écho des penseurs solitaires ? La seule voix d’un débat d’idées agonisant sur le champs partisan dévasté ?

Est-ce elle qui, quand les brumes denses d’un Waterloo déserté se dissiperont, verra la première se dessiner la silhouette encore imprécise d’un futur empereur ?

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