Touristes dehors ! Refugees Welcome !

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

L’Espagne, ce paradis (ou cet enfer) du soleil, de la sangría bon marché et du tourisme massif et low cost, vient de connaître les premières actions où celui-ci – la première « industrie » du pays – a été violemment attaqué. À Barcelone, où la situation est devenue littéralement insoutenable, les foules touristiques envahissant cette belle ville et s’y entassant par milliers, un bus touristique a été brûlé, tandis que des installations hôtelières et des bateaux de plaisance étaient également visés à Palma de Majorque, Valence et San Sebastián.

Ces actions ont été entreprises par les communistes séparatistes de la CUP catalane, ainsi que par le parti des anciens terroristes de l’ETA basque, reconvertis aux prébendes du pouvoir. Quel malheur ! Pour une fois que quelqu’un du Système (et ceux-là en font intégralement partie) prend une initiative qu’on ne peut qu’applaudir des deux mains, et voilà qu’elle est prise par des gens dont le but dernier est d’en finir avec tout ; avec la propriété et l’économie, bien entendu, mais avec quelque chose d’infiniment plus important aussi : avec l’identité, qu’il s’agisse de l’identité sexuelle, dont la dissolution est prônée par ces partisans acharnés de l’idéologie de genre, ou de l’identité collective, laquelle disparaît dans une Espagne émiettée en tant que nation et détruite en tant qu’unité de destin au sein de l’Europe massivement envahie non seulement par les touristes, mais aussi et surtout par les « bienvenus réfugiés ».

Le problème est que si on fait abstraction de cela, on ne peut strictement rien objecter au combat contre le tourisme qui nous étouffe. Qui nous étouffe spirituellement – rétorqueront certains : l’immense majorité – en même temps qu’il nous fait vivre matériellement. Certes… mais alors il faudra bien envisager une autre façon et d’autres moyens de vivre, car une seule chose est sûre : on ne peut pas continuer comme ça ! Ou on arrête (et on ne peut le faire que par des mesures contraignantes) l’invasion touristique que subissent partout (en France aussi) nos villes, nos plages et nos montagnes (et c’est maintenant qu’il faut l’arrêter, quand des millions de touristes asiatiques, africains et arabes ne sont encore jamais arrivés) ou la dégradation de ce qu’il y a de plus sacré – les hauts lieux de l’art et de la nature – finira avec notre civilisation et avec notre identité.

Or, qu’est-ce que des choses telles que la civilisation, l’identité ou l’art peuvent intéresser les punks à chien (comme on les appelle en Espagne) de la CUP ou de Podemos (même si ces derniers ne se sont pas prononcés sur des actions dont l’approbation leur ferait perdre des voix) ? La civilisation, la haute culture et l’identité, ça les intéresse, bien sûr : mais pour les détruire, non pas pour les préserver ! On ne comprend pas, autrement dit, quelle mouche les a piqués pour prendre soudain le maquis et se mettre à s’attaquer au tourisme, « cette source de travail et de richesse pour les gens » (dans leur langage, le peuple et le prolétariat ont disparu ; il ne reste que « les gens »). Je n’y vois que deux explications. La première : ça les embête trop que la plupart des touristes soient (encore) européens et de race blanche. Deuxième explication : ils ne supportent tout simplement pas le grand bruit et l’énorme vacarme que produisent les hordes touristiques.

Mais la contradiction dans laquelle plongent ces braves populistes de gauche devient encore plus profonde si on songe à la nature du phénomène touristique de masse. Qu’implique celui-ci, sinon l’accès des masses populaires du monde entier à l’ensemble des hauts lieux de l’art et de la nature de toute la planète ? Il n’y a, en effet, rien de plus populiste, démocratique, vulgaire et égalitaire que le phénomène du déferlement touristique. Comment les grands prêtres (et prêtresses) du populisme, du démocratisme et de l’égalitarisme osent-ils s’y opposer ?

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