Total sous l’œil de Washington…

Fonctionnaire international
 

La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs, les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. François Mitterrand

Mai 2013 : soupçonné de versement de commissions en Iran, Total paye 400 millions de dollars aux autorités américaines pour mettre fin aux poursuites judiciaires. Surtout, le pétrolier français était contraint de se placer sous la tutelle du département de la Justice américain (DoJ).

Avec la lutte anti-corruption imposée à leurs alliés par les États-Unis à la fin des années 90, l’administration Clinton dispose d’une redoutable arme de guerre économique. Adossé au panoptique de la NSA, le DoJ est instrumentalisé pour permettre la prise de contrôle directe des entreprises concurrentes des multinationales américaines.

Total, première entreprise française, dut ainsi soumettre l’ensemble de ses activités commerciales et financières à l’autorité d’une puissance étrangère par l’intermédiaire d’un « surveillant en intégrité » (« corporate monitor ») qui ne rendra de comptes qu’à l’administration Obama, et cela jusqu’en 2016 ! Le mandat de ce « corporate monitor » est explicite : « vérifier que le pétrolier respecte les sanctions, en particulier américaines » envers la Russie.

Cet œil de Washington imposé à Total est un énarque de la promotion Simone Veil ; ancien directeur adjoint du New York Stock Exchange, ce technocrate mondialisé avait déjà assuré pour le compte des autorités américaines le « monitorat » de Technip, autre groupe français d’envergure mondiale dans le domaine de l’énergie.

En dépit du piège qui s’est refermé sur son entreprise, Christophe de Margerie ne se laisse pas intimider et multiplie les déclarations contre les sanctions envers la Russie. Plus encore, il veut faire de la Russie « la principale zone de production d’hydrocarbures à l’horizon 2020 ». Accessoirement, il cherche à désengager Total des sables bitumineux de l’Alberta ; François Hollande, quant à lui, aimable pion dans la stratégie américaine d’éviction des hydrocarbures russes, se précipitera dès le 2 novembre à Calgary pour relancer l’exploitation de ce pétrole « sale » par les firmes françaises.

Crime suprême : le patron de Total va jusqu’à dénoncer (5 juillet 2014 sur Reuters) le système du pétrodollar, assurance-vie du dollar et donc cœur nucléaire de l’Hégémon américain. Ligne jaune absolue…

Christophe de Margerie meurt brutalement le 20 octobre 2014 et rejoint Enrico Mattei dans le panthéon des grands capitaines d’industrie européens au destin fracassé.

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