Trump parle à l’Amérique profonde

Avocat

Avocat à la Cour et co-fondateur du Cercle Droit & Liberté

 

Au-delà de ses sorties à l’emporte-pièce, l’incroyable popularité du milliardaire s’explique également par la réponse plausible qu’il semble apporter aux maux de l’Amérique profonde. Refus du politiquement correct, identité, patriotisme économique sont autant de thèmes que le magnat aborde, à rebours des candidats de l’establishment.

Dans l’Amérique de 2016, où les Google et Uber prospèrent, où la Silicon Valley et les grandes villes côtières bénéficient pleinement de la mondialisation, certains Américains vivent pourtant dans la précarité et la misère sociale.

Ces Américains, ce sont ceux des campagnes et des villes petites et moyennes. Ce sont les ouvriers, employés ou paysans, qui créent peu de richesse. Ce sont les perdants de l‘économie de marché, délaissés par l’État et les élites. Ce sont ceux de l’Amérique périphérique similaires à ceux de la France périphérique de Christophe Guilluy.

Là-bas aussi, les grandes sociétés encouragent l’immigration. Ainsi, ce prolétariat blanc subit une compétition interne accrue du fait de l’arrivée de nouveaux travailleurs étrangers. Depuis 2007, ce sont un million et demi d’Américains qui sont nouvellement chômeurs quand, dans le même temps, deux millions d’immigrés sont entrés sur le territoire.

Là-bas aussi, les Républicains veulent fluidifier le marché du travail. Mais à quoi bon supprimer des emplois aux États-Unis pour en récréer à l’étranger ?

Plongés dans une précarité économique et culturelle à laquelle il ne voit aucune échappatoire, ces White Trash aux taux d’alcoolisme et de suicide plus élevés que la moyenne, n’ont plus confiance en Washington.

Aucune trace de cette crise dans la capitale et les grandes villes où la classe dirigeante ne subit pas les effets d’une immigration incontrôlée et de l’insécurité. Là-bas, l’immobilier est en plein boom et l’économie florissante. Les bobos américains gentrifient les quartiers et pratiquent l’évitement résidentiel en se tenant loin des zones difficiles, érigeant ainsi des frontières invisibles avec les populations nouvellement arrivées.

Ces élites n’ont aucune idée du quotidien de cette autre Amérique et considèrent ses maux comme illusoires.

Trump se fait le porte-voix des perdants de la mondialisation.

C’est en partie à cette Amérique délaissée que « The Donald » doit sa spectaculaire popularité, et c’est auprès des catégories les moins diplômées qu’il réalise ses meilleurs scores. Il écoute et comprend ces désabusés qui ne vont plus aux urnes (43 % d’abstention aux dernières présidentielles). Il s’est fait le porte-parole de ceux qui ne sont écoutés ni des médias ni des politiques.

Dans une démocratie où il est impossible d’être élu sans le soutien des lobbies et entreprises qui financent sans limite légale les campagnes, Trump fait de sa fortune un atout, le rendant indépendant des pressions : « Je ne suis pas contrôlé par des intérêts particuliers. Je ne travaille que pour le peuple américain. »

L’intelligentsia le déteste. En témoigne la campagne lancée à son encontre par la très sérieuse et conservatrice National Review en janvier dernier. Les économistes et les think tanks, comme les influents American Enterprise Institute et Cato, dénoncent régulièrement les incohérences de son programme économique.

Mais nombre d’Américains estiment que le système actuel enrichit surtout une élite mondialisée et en ont assez de ces dirigeants qui leur donnent des leçons d’économie en promouvant un libre-échange qui ne crée de richesse et d’emplois que loin de chez eux. Les intérêts de ces deux groupes ne convergent plus et la popularité de Trump traduit un conflit de classe.

Peu importe sa victoire finale, le milliardaire a déjà donné un sacré coup dans la fourmilière, redynamisant le débat et imposant son cap aux autres candidats.

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