Editoriaux - 8 septembre 2018

Terrorisme : un musée-mémorial ne doit pas dispenser de l’action

À la demande du président de la République, un comité mémoriel avait été mis en place par Nicole Belloubet, ministre de la Justice, pour « réfléchir à la manière de commémorer les différents attentats terroristes dont la France a été victime ». Ce comité vient de remettre son rapport au garde des Sceaux, qui a formé le vœu « que la politique mémorielle soit source d’apaisement et de cohésion sociale ».

Parmi les quatorze propositions, l’enregistrement filmé des principaux procès en matière de terrorisme, la création d’un musée-mémorial, qui pourrait être installé dans les locaux de l’ancien palais de justice, l’inscription, au sein du musée, des noms de toutes les victimes et la prise en compte de la question des attentats terroristes dans les futurs programmes scolaires de terminale. Enfin, il préconise de fixer au 11 mars la date de commémoration « afin de l’inscrire dans une perspective européenne ».

S’il paraît utile de perpétuer la mémoire des attentats terroristes et de rendre hommage aux victimes, on peut s’interroger sur l’exploitation politique ou idéologique qu’on pourrait en faire.

Le rapport précise notamment qu’il s’agit « de participer à la formation de citoyens éclairés et d’hommes libres » et de « contrecarrer les discours conduisant certains jeunes à la radicalité ». Soit ! Il y a beaucoup de travail à faire, quand on se souvient des réactions suscitées, dans plusieurs établissements scolaires, par la minute de silence organisée après les attentats de 2015. Encore faut-il que l’éclairage ne soit pas orienté et ne laisse dans l’ombre une partie de la réalité.

Ce rapport est intitulé « Terrorisme : faire face ». On peut s’étonner de l’absence de toute référence à l’islamisme – le gouvernement lui-même ne fait cette relation qu’avec des pincettes. On se souvient que le candidat Emmanuel Macron, en février 2017, qualifia la colonisation de « crime », de « crime contre l’humanité » et de « vraie barbarie », semblant donner raison aux actions terroristes du FLN et, en France, à leurs thuriféraires qui portaient leurs valises. Un tel parti pris, courant chez nos intellectuels, rend-il possible la transmission objective de notre histoire aux élèves ?

Les rapporteurs font le choix du 11 mars parce que c’est « la date déjà choisie par et pour l’Union européenne […]. Au-delà de l’attentat commis à la gare d’Atocha (11 mars 2004) à laquelle elle fait référence, c’est de l’ensemble des attaques terroristes perpétrées sur le sol européen et ailleurs, constitutives de cette communauté de destin, qu’elle organise le souvenir. » Sans nier que l’Europe tout entière est concernée par les attentats, il ne faudrait pas en profiter pour faire la promotion idéologique de l’Union européenne ni oublier que le monde entier est touché par ce fléau, d’origine principalement islamiste.

Pourquoi, enfin, se limiter aux attentats qui ont touché la France depuis les années 1970 ? Pour ne pas parler des attentats pendant la guerre d’Algérie ? Éviter de remonter plus loin ? Ne pas évoquer les crimes de guerre, voire le génocide commis contre le peuple vendéen ? Y aurait-il un bon et un mauvais terrorisme ? Devant les silences et les non-dits qui entourent la version officielle de la Révolution française, on peut se demander comment serait présentée l’histoire du terrorisme.

Un rapport récent du Sénat, consacré à la « menace terroriste », a dénoncé récemment « l’inaction coupable des pouvoirs publics » face à l’intégrisme musulman et au salafisme. Peut-on réfléchir sur le terrorisme sans évoquer cette question ? Ce n’est pas avec des tabous ou des partis pris qu’on peut tirer des leçons de l’Histoire. Dans tous les cas, la commémoration ne remplace pas l’action.

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