Editoriaux - International - Religion - Table - 2 mai 2015

Témoignage : Pâques en Irak

L’Irak n’existe plus. Le Kurdistan prend sa place au nord et Bagdad, sa capitale, est ravagée par son lot d’attentats quotidiens résultant du conflit entre sunnites et chiites. Dans la configuration actuelle, le centre semble demeurer sunnite, et le sud chiite. Daech profite alors de cet État fragmenté pour prendre le contrôle de la région.

On le sait, le pays s’est effondré en 2003 avec l’éviction de Saddam Hussein par les Américains. C’est de cette époque que les conditions de vie des chrétiens se sont profondément détériorées. Saddam Hussein accordait son entière confiance à cette communauté assyro-chaldéenne et son entourage proche – ami d’enfance, médecin personnel, conseiller et même ministre – était constitué de chrétiens.

À l’arrivée de l’État islamique sur Mossoul et Qaraqosh en juin et août 2014, les chrétiens ont eu le choix entre trois possibilités : se convertir, fuir ou mourir. Ceux qui ont choisi de payer l’impôt islamique – la djizia – afin de rester ont finalement dû quitter la ville ; jour après jour, Daech leur réclamant encore et encore la même somme.

La grande majorité d’entre eux s’est alors réfugiée au nord du pays, dans le Kurdistan.

Pour certains, ce ne fut pas la première persécution. Plusieurs familles de Mossoul avaient déjà, en juin, quitté leur ville pour Qaraqosh, qu’elles ont à nouveau dû fuir dans la nuit du 6 au 7 août.

C’est donc à Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil, que sont venues se réfugier ces populations. Vivant depuis 9 mois dans des camps ou dans des maisons insalubres, louées hors de prix par des Kurdes.

Ces chrétiens qui, pour la plupart, étaient plutôt diplômés et aisés, sont aujourd’hui démunis, sans emploi et sans véritable logement. On assiste désormais à leur diaspora ; peu désirent rester dans un pays qu’ils ne considèrent plus comme le leur.

Une ancienne habitante de Mossoul, ingénieur, dont le fils a été exécuté car il tenait un magasin vendant de l’alcool, témoigne de ce retournement de situation : « Du jour au lendemain, ces gens qui étaient mes voisins se sont mis à me cracher au visage, à me jeter des pierres… Aujourd’hui, ils vivent dans ma maison, comment pensez vous que je puisse vouloir y retourner ? Non, je veux partir loin d’ici, quitter ce pays. »

Ces persécutions ont cependant renforcé leur foi. À l’occasion de Pâques, ils ont multiplié leurs prières et ont assisté aux nombreuses messes et cérémonies religieuses, parvenant, à travers cette véritable guerre de religion, à célébrer la résurrection du Christ avec une ferveur et une espérance que l’on ne connaît plus en Occident. Le sang des martyrs est semence de chrétiens.

Erbil reste néanmoins proche du conflit – une trentaine de kilomètres -, comme est venu le rappeler l’attentat à la voiture piégée du 17 avril dernier visant le consulat américain. Un bilan de 3 morts et de 5 blessés qui aurait pu être bien plus lourd s’il s’était déroulé quelques heures plus tard.

Dans une région où l’Etat islamique progresse de jour en jour, on ne sait jusqu’où ces drapeaux noirs vont parvenir à se hisser.