Macron et l'ISF

Taxation des signes extérieurs de richesse : le gouvernement patauge

Professeur agrégé et écrivain
 

M. Macron a perdu la bataille de l’opinion ; il est désormais considéré comme le Président des riches. Par exemple, la moitié des lettres du courrier de La Voix du Nord vilipende le nouveau Président et sa réforme de l’impôt sur la fortune. « Faites payer les riches » est un slogan approuvé par 80 % des Français. Nos compatriotes ne sont pas convaincus par les explications (pourtant acceptables, à mon sens) qui avancent que les hauts revenus vont revenir en France et, in fine, combler par leurs dépenses de TVA et autres impôts le déficit fiscal.

La réélection de M. Macron (qui est, selon M. Castaner, le but principal de cette législature) est déjà compromise. M. Sarkozy a connu la même mésaventure avec son bouclier fiscal (de bon sens, pourtant) et qui ne coûtait que 650 millions d’euros. Il a été battu sans doute à cause de cette mauvaise image qui lui a collé à la peau jusqu’au bout alors qu’il avait suspendu sa mesure. Mais rien n’y avait fait.

Des députés LREM parlent de rajouter dans le champ de l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), le remplaçant de l’impôt sur la fortune, tout ce qui ne serait pas productif : grosses cylindrées, écurie de courses, lingots d’or, parts de sociétés de golf. Bruno Le Maire s’oppose à cette dénaturation de l’IFI (dont la dernière lettre, « I » pour immobilier, ne serait plus adaptée !). Pour souligner la difficulté d’encadrer ces biens, il se demande comment classer les bouteilles de grands crus. 1982 étant catastrophique pour le vin, faudrait-il exclure de l’IFI toutes les bouteilles de cette année ? M. Le Maire ergote. Il y a quarante ans, la loi établissait une liste de signes ostentatoires de richesse. Si on en possédait trois, on était bon pour une taxation d’office pour l’impôt sur le revenu. Le pouvoir de l’époque visait certaines professions libérales qui, dans ces années-là, parvenaient à dissimuler une grande part de leurs revenus. On peut prendre modèle sur cette période. D’autre part, jusqu’en 2017, tous ces biens concernés (y compris les grands crus) étaient déclarés pour l’ISF.

Le problème n’est donc pas technique mais politique. La réforme de l’impôt sur la fortune est un signal donné aux plus aisés. Il signifie « revenez en France, nous avons changé ». Si on revient, même partiellement, sur lui, on brouillera le message. Mais, le mal est fait : les « riches » savent désormais que l’opinion leur est toujours hostile et que si leurs prélèvements spécifiques vont diminuer, le prochain pouvoir risque fort de les augmenter à nouveau.

Le gouvernement est partagé. M. Le Maire ne veut rien changer. Tout au plus parle-t-il d’introduire quelques taxes supplémentaires sur les yachts et d’alourdir les existantes (comme celles qui frappent les grosses cylindrées) ; le ministre du Budget, M. Darmanin, est plus ouvert. Le Premier ministre se tait. Tout cela fait désordre et traduit une grande immaturité politique. Le pouvoir patauge. Que décidera, finalement, M. Macron lorsqu’il voudra remettre de l’ordre ?

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