Editoriaux - Musique - People - Société - 23 décembre 2018

Taubira, Gayet, Muriel Robin, etc. : les 70 Enfoirés d’Urgence homophobie

Que celui qui n’a jamais fredonné la « Chanson des restos » lève la main. Trente-deux ans ont passé depuis la sortie du 45 tours. Goldman a le cheveu plus rare et plus blanc, Coluche est mort depuis longtemps, mais les Restos du cœur continuent de prospérer.

En 2018, comme en 1986, « On n’a plus le droit/Ni d’avoir faim ni d’avoir froid ». C’est même, dans notre société libertaire, un des seuls droits qu’on n’ait plus. On a droit au mariage pour tous et bientôt à l’enfant pour toutes ; droit à la liberté d’opinion et d’expression. Liberté néanmoins surveillée : « pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs », raillait le Figaro de Beaumarchais ; 240 ans plus tard, il est toujours de certaines opinions qu’il est malséant d’exprimer et qui vous font, sinon censurer, du moins immédiatement cataloguer comme raciste, extrémiste, islamophobe ou homophobe.

Pour promouvoir son association, Urgence homophobie a piqué l’idée géniale de Coluche. Résultat : « 70 personnalités ensemble dans un clip contre l’homophobie », s’enthousiasme BFM TV ; « 70 stars réunies dans un clip contre les violences homophobes », renchérit Le Figaro. Ils auraient tout aussi bien pu titrer « 70 personnalités réunies dans un clip contre la Manif pour tous ».

Dans ce clip, explique BFM TV, alternent « des scènes de violences et des scènes d’amour », qu’Urgence homophobie juge « représentatives du quotidien de la population LGBTQI+ ». En fait de « scènes d’amour », deux hommes dépoitraillés dansant, enlacés, de sépulcrales figures, des gays et des lesbiennes se tenant par la main en échangeant un regard navré, une bonne quinzaine de couples homosexuels s’embrassant de concert dans le parking souterrain qui sert d’unique décor. Si c’est cela, l’amour homo, c’est d’une tristesse infinie et on a plutôt envie de conseiller à tous ces gens d’aller essayer ailleurs. Quant aux « scènes de violences », une femme seule qui se fait cracher dessus, un jeune homme seul molesté par une bande de voyous et, le clou du spectacle, la parodie horrifique d’un défilé de la Manif pour tous, dont chacun sait qu’elle menace quotidiennement la vie des LGBTQI+.

Des hommes, des femmes, tenant à la main qui une pancarte (à l’affreux slogan homophobe « Non au mariage homosexuel »), qui un bambin ou une poussette (car ces gens-là, voyez-vous, embrigadent la jeunesse), s’avancent d’un air menaçant vers un homme dans l’intention manifeste de lui en faire voir de toutes les couleurs du drapeau arc-en-ciel. La loi anti-« fake news » a certainement empêché le réalisateur de montrer le passage à tabac, mais on sent bien que cela devait le démanger. La prétendue victime, blouson en jean ouvert sur un gilet orange à fermeture éclair, est vêtue à la mode d’aujourd’hui, tandis que les Manif pour tous font irrésistiblement songer aux… années trente.

Les ficelles sont grosses comme des câbles, mais la « manifpourtoussophobie » est, comme l’hypocrisie dans le Dom Juan de Molière, « un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus ». Ils sont donc 70 personnalités à avoir voulu en être et à avoir ainsi complaisamment cautionné l’amalgame entre opposition au mariage homosexuel et homophobie. Parmi ces personnalités, les incontournables Muriel Robin, Julie Gayet, Christiane Taubira, mais aussi le romancier Philippe Besson, consul à Los Angeles par la volonté du prince, et bien d’autres que nous vous laissons découvrir. Qui avait parlé d’« enfoirés », déjà ?

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