12 avril 2018

Tartuffes à l’université

425 enseignants à l’université (professeurs d’université et maîtres de conférences) ont signé une tribune, publiée par France Info (https://www.francetvinfo.fr/choix/tribune-une-selection-absurde-plus-de-400-enseignants-chercheurs-denoncent-la-reforme-de-l-acces-a-l-universite_2693044.html), pour protester contre le nouveau système d’affectation dans le supérieur, Parcoursup.

Ces enseignants commencent leur tribune en posant comme principe qu’ils refusent toute forme de sélection à l’entrée de l’université. Mais ne faut-il pas le baccalauréat, ou un de ses équivalents, pour y entrer ? Ils évoquent la « noblesse de leur métier », qui est « d’élever le niveau de ceux qui ne l’ont pas, c’est-à-dire pas encore ». Pourquoi, alors, ne pas accepter comme étudiant celui qui n’a que le diplôme national du brevet ? Ou l’illettré ? Il est vrai que certaines universités accueillent dans leurs locaux (plus ou moins volontairement) des immigrés clandestins. Ces signataires leur donnent-ils des cours ?

Ils dénoncent l’hypocrisie du gouvernement qui instaurerait une sélection sans oser le dire. Mais où est l’hypocrisie ?

N’est-il pas hypocrite de dénoncer une sélection quand on en pratique déjà de manière insidieuse ? Comment appeler le fait que 60 % des étudiants de première année de licence échouent à passer en deuxième ? A-t-on entendu les thuriféraires de l’égalité protester contre cette sélection par l’échec ? Bien sûr que non, ils en sont les maîtres d’œuvre.

N’est-il pas hypocrite de dénoncer une sélection fondée sur la maîtrise des prérequis d’une filière quand on ne les a pas entendus protester aussi fort contre une sélection par le hasard ?

N’est-il pas hypocrite d’avoir fermé les yeux pendant tant d’années sur la baisse dramatique du niveau des bacheliers ? Le baccalauréat est, officiellement, le premier diplôme universitaire. À ce titre, le jury qui le délivre est présidé par un universitaire. Pourtant, en vingt ans de jurys de baccalauréat, je peux compter, largement, sur les doigts d’une main le nombre de fois où cet universitaire était présent.

N’est-il pas hypocrite de prétendre accueillir tous ceux qui voudraient faire des études sans en avoir la capacité, dans des amphis surchargés, quand on délègue l’enseignement en licence à des agrégés du secondaire ou des étudiants doctorants chargés de cours, et qu’on se réserve les cours en master ?

Leur dénonciation de la dégradation continue de l’enseignement supérieur par manque de moyens est juste. Mais cette dégradation, on comprend qu’ils en sont en partie responsables quand ils écrivent : « Quel serait notre rôle s’il s’agissait seulement de dispenser des cours à ceux … qui ont la chance d’avoir le niveau ? » La chance ! La réussite dans les études, c’est le travail qui la permet, pas la chance. Surtout pour ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans un milieu favorisé. Il est exact que, dans certaines filières, c’est par chance que les étudiants trouvent un travail à l’issue de leurs études.

On remarquera que ce ne sont pas les lycéens qui protestent contre Parcoursup, mais des enseignants et des groupuscules d’extrême gauche. Les premiers ont intérêt à accueillir un maximum d’étudiants pour préserver leurs postes. Les seconds ont intérêt à ce qu’il y ait un maximum d’étudiants en échec dans les universités, c’est leur vivier de recrutement. L’intérêt des étudiants et celui de l’excellence universitaire, ce n’est pas leur souci.

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