Taguieff et le populisme

Dans le dernier numéro de Krisis, un de nos meilleurs philosophes, Pierre-André Taguieff, s’intéresse à l’usage (ou mésusage) qui est fait du terme « populisme ». Il conclut que cet anathème commode sert avant tout à flatter une partie de l’opinion, celle qui a besoin d’avoir peur pour se donner des ennemis à combattre.

Ce texte pénétrant (« Sous le populisme : le nationalisme ») démonte les ressorts d’une commode tromperie. Il me donne matière à proposer, à bâtons rompus, quelques observations et paradoxes complémentaires sur ce sujet appelé à nous occuper encore longtemps.

1. Selon Wikipédia, le populisme « désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du “peuple”… tout particulièrement en opposant ses intérêts à ceux de “l’élite”, qu’il prend pour cible de ses critiques… une dénonciation des élites ». Mais qu’est-ce que l’élite ? L’élu, le riche, le puissant, l’intellectuel ? Tous ? L’Autre ? Car ce mot peut désigner des dizaines de réalités différentes. Y compris, pour des internationalistes, le simple fait de pas l’être. Une signification aussi distendue ne… signifie plus rien.

2. Le nationalisme est souvent connoté agressif et/ou totalitaire. Et il l’a été. Parmi les nationalismes énumérés par Taguieff, ajoutons le nationalisme religieux lorsque est (souvent) affirmée la « nation de l’islam ». Cependant, désormais, aucun « populisme » européen ne propose un ennemi étranger à combattre militairement, mais ils accusent des entités politiques internationales.

3. Il existe aussi un discours antiréférendaire qui taxe de populisme le fait de souhaiter la démocratie directe. Ce discours vient souvent des castes politico-médiatico-financières, pratiquant une forme de totalitarisme fade, enveloppant, efficace… Pourtant, qui oserait taxer la Suisse de populiste (malgré plus de 300 référendum en 140 ans…) ?

4. « Populisme » est souvent utilisé comme synonyme d’« extrémisme ». Les dérives et surenchères sémantiques sont fréquentes et effrénées, au point de désigner parfois l’AfD comme « néonazi », plus généralement « nationaliste » ou « populiste ou « extrême droite ».

5. On ne peut rien contre le besoin humain légitime et collectif de liberté, souveraineté démocratie, identité, sécurité, dignité économique et sociale (emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, logement, famille). Les grands prêtres bénéficiaires du système dominant psalmodient infatigablement : la rigueur, la compétitivité, la continuation des efforts en tout genre (par les autres), l’Europe, la nécessité d’avancer encore et encore. Les plus de 70 ans ont déjà entendu, des dizaines de fois depuis cinquante ans, ces promesses d’une « sortie du tunnel », de « l’esquisse de reprise », d’un « frémissement », de « clignotants au vert »… Et l’ennemi désigné, prêt à devenir un bouc émissaire idéal, fut successivement le « laxisme », les « canards boiteux », la « démagogie » et, à présent, le « populisme », l’extrémisme ; mais aussi plus récemment les sans-dents, les illettrés, les fainéants, les gens qui ne sont rien ou qui mettent le b

Or, quoi de plus normal que de défendre l’intérêt général, la justice sociale, l’identité, la sécurité, la démocratie ? Et y a-t-il un crime politique plus grand que de faire l’inverse du populisme : « Si quelqu’un s’élève contre le peuple pour installer la tyrannie ou aide à l’installation de la tyrannie, ou porte atteinte au peuple et à la démocratie des Athéniens, alors que soit honoré qui tuera celui qui aura entrepris un de ces crimes » (loi votée en 338 av. J.-C. – stèle de l’Agora d’Athènes).

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