Tabac : zéro pointé pour les proviseurs, avec retenue (sur leurs émoluments)


Président du Centre National de Prévention d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT).

 

Qui s’étonnera que l’éducation aille à vau-l’eau quand, au sommet de la hiérarchie des lycées, des proviseurs (les « protos » de ma jeunesse) y vont de leurs coups de pioche pour contribuer à son anéantissement.

C’est ainsi que j’interprète leur proposition de laisser fumer leurs élèves dans les cours de récréation, sous le prétexte de soustraire leurs attroupements devant les lycées aux véhicules fous, aux tirs des kalachnikov ou aux coups de couteau des djihadistes ; et ils ajoutent : de les soustraire aux dealers de drogues.

N’auraient-ils pas mesuré que le dramatique bilan des victimes des fous d’Allah correspond, pour une année entière, à celui d’une seule journée des victimes du tabac (79.000 morts par an, soit 216 par jour) ; sans compter les multiples estropiés par artérite des membres inférieurs (amputations), angine de poitrine, infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, troubles du rythme, accidents vasculaires cérébraux avec leurs séquelles neurologiques, les bronchites chroniques, les bronchopneumopathies obstructives….

Ignoreraient-ils aussi que la dépendance au tabac ouvre la porte à celle du cannabis, et à d’autres drogues ?

N’auraient-ils pas compris qu’il faut casser ce premier barreau de l’échelle des toxicomanies pour rendre plus difficile l’accès aux barreaux supérieurs ?

À l’heure où les premiers usages du tabac sont de plus en plus précoces, ne sauraient-ils pas que plus tôt l’essayer, c’est plus vite l’adopter et plus intensément se détériorer ?

Ne devraient–ils pas considérer que leur mission ne peut se limiter à contrôler des emplois du temps, à présider des conseils de classe et à d’autres tâches administratives, quand notre société attend d’eux qu’ils contribuent aussi à former des jeunes ayant un esprit sain dans un corps sain (mens sana in corpore sano) ?

On était débarrassé des cigarettes vendues par quatre, les trop fumeuses Parisiennes ; débarrassé, aussi, des cigarettes de troupe offertes aux jeunes recrues pour tromper l’oisiveté du service national et les transformer en fumeurs au grand bénéfice de la SEITA d’alors. Et voilà nos protos qui feignent d’ignorer (comme beaucoup de buralistes) que la vente du tabac est interdite aux mineurs.

Nous leur demandons avec force d’accroître considérablement le temps consacré dans les enseignements aux méfaits des drogues et toxicomanies ; de faire que ces enseignements soient dispensés par des membres du corps médical.

Nous leur suggérons de garder toute la journée dans leurs établissements les élèves (comme ils le font parfois pour les pensionnaires) en faisant circuler dans les « cours de récré » des pions pour traquer les fumeurs et, le cas échéant, des dealers.

Huit heures de suite sans tabac, cinq jours par semaine, différeront chez les uns l’entrée dans l’addiction au tabac et ralentiront chez les autres l’installation de cette dépendance.

Éducation doit rimer avec prévention et surtout pas avec démission.

Président du Centre National de Prévention d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT).

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