Editoriaux - Politique - Table - 14 avril 2018

Syrie : la punition alliée

C’est donc avant le résultat de l’enquête que devait produire l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) qu’ont été déclenchées les frappes des trois alliés ! Ruse de Sioux ou prévention de toute contre-mesure sur le terrain ? Peut-être serons-nous éclairés avec un compte rendu précis donnant en particulier les sites attaqués et ceux détruits ou neutralisés. Au plus tard, lors du débat parlementaire promis par le chef de l’État.

Car la première et impérieuse interrogation qui vient au curieux est celle-ci : puisque ces sites de production et les (nombreux ?) dépôts illicites étaient connus, pourquoi ne pas les avoir traités préventivement, ce qui eût évité leur désastreuse utilisation contre des populations ? La bonne conscience humaniste des Occidentaux en aurait bénéficié. Mais sans doute fallait-il une preuve plus convaincante et médiatiquement insupportable pour l’opinion publique afin de justifier sans restriction la punition infligée à Bachar el-Assad.

Je rappelle qu’à la suite de la résolution onusienne de septembre 2013, et l’action consécutive de l’agent exécuteur (l’OIAC), la Syrie était censée ne plus posséder de capacité chimique depuis 2014 !

Il y a un an, les frappes ordonnées par Trump avaient pour objectif un aérodrome militaire – d’ailleurs inactif -, mais point des capacités chimiques. Faut-il en conclure que seuls de nouveaux renseignements obtenus depuis peu (par quelles sources locales ?) ont permis de localiser précisément les nouveaux arsenaux chimiques de Damas ?

Un raisonnement tortueux ou machiavélique pourrait même laisser imaginer que ces frappes n’ont été déclenchées qu’avec accord, voire indications, de l’allié russe du régime syrien. Ce qui lui enlèverait une grosse épine du pied, en vue de négociations ultérieures, entre pays impliqués sur place, pour l’avenir politique de la Syrie. Accords internationaux qui permettraient à la Russie de conserver et pérenniser ses bases avancées méditerranéennes…

La même, officiellement indignée de l’intervention « agressive » occidentale, convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. Sa subtile et rusée diplomatie lui fera-t-elle finalement voter une résolution commune avec les partenaires venus autour de la table ronde en accusés ?

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