Economie - Editoriaux - 12 novembre 2018

Sursaut de croissance en Grande-Bretagne : le Brexit va-t-il réussir ?

Bonne nouvelle pour le gouvernement outre-Manche : alors que la croissance était, jusqu’en 2017, molle, plus que sur le continent, elle vient de s’accélérer au troisième trimestre 2018. Elle a atteint 0,6 %, après 0,3 % au second et 0,1 % au premier, mais le début d’année avait été perturbé par les intempéries. Nous sommes à 1,5 % de plus par rapport à la même période d’octobre 2016 à septembre 2017, un chiffre honorable et comparable à celui de la France.

La consommation des ménages est robuste (+ 0,5 %) après + 0,4 % au second trimestre. L’effet Coupe du monde, avec l’achat de téléviseurs dernier cri, a joué à plein. Le commerce extérieur britannique est à la fête : il amène 0,8 % de croissance : un record et un modèle pour nous qui n’arrivons pas à exporter, car nos produits ne sont pas compétitifs.

Peut-on en conclure que tout va bien dans le meilleur des Brexit possibles ? La réalité est peut-être un peu moins rose et des signes inquiétants apparaissent : les investissements des entreprises se sont repliés de 1,2 %. Un record, signe que les milieux économiques sont dans l’expectative. Ils attendent de voir si un accord sera signé avec l’Union européenne ou pas. En cas de Brexit dur, beaucoup préféreront investir dans l’Union, en particulier les entreprises exportatrices, car elles souhaiteront éviter les droits de douane et les files de camions à Douvres. Alors qu’on attendait une expansion de 0,1 % en septembre 2018, le PIB a stagné. On espère seulement 0,3 % au dernier trimestre, car les conditions climatiques joueront à nouveau.

Les milieux nationalistes qui prônent le Frexit se réjouissent de la bonne santé relative de la Grande-Bretagne, dont les performances sont désormais semblables aux nôtres, mais en France, nous sommes à la traîne et notre économie est l’une des plus médiocres de la zone euro. En outre, la politique fiscale de M. Macron n’arrange rien. L’amélioration des perspectives britanniques est donc à relativiser. De plus, si le Brexit est dur, le PIB de la Grande-Bretagne stagnera, voire, plus probablement, régressera. Cela durera deux à trois années, avant que l’expansion ne reparte et que d’éventuels bénéfices d’une séparation totale avec l’Union européenne n’apparaissent (dus à la possibilité de nouer des accords de libre-échange). Il n’est pas sûr, loin de là, que les effets positifs à long terme de ce « hard-Brexit » seront supérieurs à ceux produits par l’alternative d’un accord avec l’Union européenne : dans ce cas, le Royaume-Uni serait dans l’Europe (avec ses inconvénients ) sans en avoir les avantages et, notamment, il n’aura pas le droit à la parole pour les normes et les règlements. L’économie n’est pas une science exacte et aucune prévision n’est assurée de se réaliser. Il suffit de lire les papiers écrits, il y a dix ou vingt ans. Nombre de leurs auteurs se sont complètement trompés.

Le Brexit est, en fait, une expérience grandeur nature et s’il y a rupture complète, nous verrons concrètement ce qui se passe. Attendons que cinq ans se soient passés pour en tirer des conclusions solides pour un éventuel Frexit…

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