Editoriaux - International - Politique - 27 avril 2018

Ce supranationalisme dont Emmanuel Macron est le chantre

Le psittacisme est le fait d’utiliser un terme dont on ignore le sens, comme le fait un perroquet (psittacos). Or, des cris de perroquets envahissent cycliquement et massivement la jungle médiatique. Pour l’économie, on doit être « compétitif ». Pour l’écologie, nécessairement « responsable, solidaire, et durable ». Et voici, à présent, que pour le commerce mondial seul le « multilatéralisme » fera le genre humain… Sinon ? Sinon, vous êtes un unilatéraliste (sic) – trouvaille de Hubert Védrine, qui nous a paru fatigué ce 26 avril-, version improbable des désormais grands poncifs classiques : « repli frileux », « nationalisme autarcique, passéiste », etc.

Qu’entend-t-on, au juste, par ce « multilatéralisme » dont Emmanuel Macron est un des chantres ? Chacun comprend sans peine que cela vise des rapports internationaux établis, organisés et suivis entre plusieurs États, voire en totalité.

Le problème est que l’on dissimule de ce fait – délibérément ou par confusion mentale – la polysémie du terme. Car avant que l’on n’invente le mot, les alliances ont toujours existé, des royaumes combattants chinois à la ligue de Délos, la Auld Alliance ou l’Entente cordiale, puis l’OTAN. Puis, après les alliances guerrières, vint l’idée du concert des nations et de la communauté internationale ; les conférences de paix, le congrès de Vienne, le traité de Versailles, Yalta. Avec la SDN, l’ONU, il s’agissait, enfin, d’organiser de façon pérenne les rapports entre les nations souveraines et d’éviter la guerre en organisant les relations diplomatiques par le droit international. À Bretton Woods, les États-Unis voulurent concurrencer l’ONU naissante en édifiant des structures de domination sur le commerce (GATT/OMC), la monnaie (FMI), la finance (BM).

La CEE, devenue l’UE, fut, dès Maastricht – et surtout Lisbonne -, un projet d’effacement progressif des États et des nations d’Europe et de leur remplacement insidieux par un État fédéral peu démocratique.

Et, donc, désigner « en même temps » l’ONU (international et juridique), l’OMC (mondialisme commercial) et l’UE (ébauche avancée d’État supranational) du même terme est un abus de langage. Car l’ONU n’intervient pas pour se substituer aux nations, pour leur dicter leur politique économique (et donc sociale), leurs importations, leur monnaie.

Pour Donald Trump, personne ne doit imposer des options économiques aux États-Unis si ce n’est le peuple américain souverain lui-même, libre de ses choix selon la conception qu’il a de ses intérêts. C’est la démocratie et le « nationisme ».

Quant à Emmanuel Macron, c’était une faute diplomatique que d’aller devant le Congrès pour plaider contre les thèse du président Trump et de s’y faire applaudir par son opposition, même si, une fois la fête finie, le bilan de ses tribulations au nouveau monde est nul sur le fond. Quand il dit « multilatéralisme », il exprime que les nations devraient obéir à des structures non élues où on est vite mis en minorité et où l’intérêt général d’un pays est remplacé par un supposé intérêt commun diffus des États membres. C’est alors de « supranationalisme » qu’il parle, en réalité. Pour ne plus avoir affaire aux gens…

Les limites du multilatéralisme sont mises en évidence par ce que l’on appelle théorie réaliste : pour cette théorie, les États ne sont pas soumis aux institutions internationales parce que celles-ci n’existent que par la volonté des États. Le président Trump, totalement réaliste, juge l’arbre à ses fruits ; le multilatéralisme que son pays a si puissamment aidé à installer s’est retourné contre son économie. Face à ce bon sens, le dogmatisme multilatéraliste, irrationnel, ne fera pas de vieux os.

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