Editoriaux - Justice - Politique - Société - 20 mai 2018

Je suis (devenue) Charlie

En couverture de Charlie Hebdo, cette semaine, une station Vélib’ parisienne vide offre, à la place des vélos, une rangée d’immenses couteaux. À côté, Anne Hidalgo satisfaite de ces « Couteaulib » : « Enfin, quelque chose qui fonctionne dans Paris. »

De mauvais goût, certes, mais en phase avec notre exaspération. Quand un obscur conseiller en communication dit à la télé qu’« abattre un homme avec un couteau est une atteinte à notre démocratie », quand Emmanuel Macron affirme que, face à ce crime, il « défendr[a] notre liberté », quand Anne Hidalgo se plaint qu’on a encore « blessé notre ville », on a envie de crier : « Nos vies valent mieux que votre démocratie ! Ce crime a d’abord fauché la vie d’un homme, pourquoi n’en parlez-vous pas ? Il avait 29 ans, et lui aussi, il était “gentil avec les voisins”, au point même d’aller faire les courses d’un voisin alité atteint d’un cancer. Ce sont nos vies que ces assassins prennent, pas vos abstractions ! »

Certes, ils sont aussi « ennemis de la République », mais alors, chers dirigeants, « encore un effort si vous voulez être républicains » ! Qu’a-t-on fait, à la Révolution, contre les « ennemis de la République » ? Le 17 septembre 1793, Robespierre institue la « loi des suspects » qui permet d’arrêter et de juger devant un tribunal spécial tout opposant présumé à la République. Les suspects sont notamment « ceux qui » (je cite) « ayant toujours le mot de Liberté, République et Patrie sur les lèvres, fréquentent les ennemis de la République et s’intéressent à leur sort », et « ceux qui, par leur conduite, ou par leurs relations, leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ». Elle s’appliquera sans délai : « Tous les suspects qui sont encore en liberté seront mis en état d’arrestation », y compris « ceux qui ont émigré, bien qu’ils soient rentrés en France ».

Les lois de nos IVe et Ve Républiques sont bien mollassonnes à côté. L’état d’urgence est une législation a minima face à des actes de guerre, et permettait au pouvoir de présenter les attentats comme un simple « désordre » provoqué par des « délinquants et des criminels passibles des tribunaux de droit commun » qui, bien sûr, sont des « victimes d’une société inégalitaire ». C’est le credo d’Édouard Philippe et de Gérard Collomb aujourd’hui. Certes, Emmanuel Macron, le 3 mai, a dit face à Marine Le Pen : « Je prendrai des mesures privatives de liberté à l’encontre des fichés S liés à des activités djihadistes. » Mais dans sa loi sur le terrorisme, il n’y a, à leur encontre, que des obligations administratives et le port du bracelet électronique, dont on sait qu’il n’empêche pas le passage à l’acte !

Remplacer feu l’état d’urgence par un état de siège temporaire qui permettrait à l’autorité militaire de chercher et confisquer armes et munitions et instaurerait une justice militaire eût été la vraie solution. Mais la défiance des politiques envers les militaires, constatée en Indochine ou en Algérie, semble hélas persister… Alors, qu’au moins nos dirigeants osent ce qu’ont osé les révolutionnaires dont ils se réclament. Sinon, en substitution à des pouvoirs publics jugés défaillants, les Français qui en ont marre d’être pris pour des charlots deviendront, cette fois, vraiment tous Charlie.

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