Le succès de Macron ? Il a su ramasser les pépites rejetées

 

On a eu raison d’ironiser sur les « en même temps » revendiqués par Macron. Mais on ne peut que reconnaître le coup de génie de ce jeune homme qui a eu l’intuition de l’écroulement des vieux partis. Mais qui a perçu aussi les causes de ce discrédit et a habilement capté les attentes et les nostalgies des Français.

Les Français fuyaient leurs partis habituels parce qu’ils avaient renoncé à ce qui faisait leur spécificité originelle.

À droite, Macron, suscitant au mieux scepticisme ou ironie, est allé chercher Alain Madelin et a débuté sa campagne, cet été, en allant au Puy du Fou de Philippe de Villiers. Deux coups de génie politique. Deux transgressions idéologiques qui ont terrassé la droite autant que les juges. Certes, ces deux « anciens » étaient sans perspective. Mais ils l’étaient surtout dans leur propre camp. Un comble qui n’a pas échappé à Macron : ils représentaient beaucoup dans l’imaginaire et les nostalgies des Français, car ils ont symbolisé, avec conviction, pendant des décennies, deux courants politiques clairement de droite, parfaitement cohérents. Mais surtout deux courants que les droites ont systématiquement boudés, et rejetés. Madelin ? C’était le libéralisme de la petite entreprise, des indépendants, du bon sens. Il avait fait gagner Chirac, qui le vira de Bercy au bout de trois mois ! En 1995, la droite, avec Juppé, avait définitivement enterré son courant libéral. La droite a gardé Juppé avec le résultat que l’on sait. Macron a pris Madelin. Inutile d’ajouter que le Front national de Philippot n’a pas su capter non plus le courant libéral. Quant à Villiers, c’était le courant patriote et catholique, enraciné, mais systématiquement méprisé aussi bien par la droite LR que par le FN Philippot. S’afficher avec ces deux hommes-là, c’était capter deux courants idéologiques forts mais toujours privés de débouché politique, deux nostalgies françaises, et de droite ! Macron avait compris les erreurs stratégiques de Marine Le Pen, il a ramassé, tout au moins le temps d’une image et d’une campagne, ces pépites sur lesquelles la droite crachait systématiquement.

À gauche, grâce à Brigitte, Macron a capté le soutien des familles imprégnées de méritocratie et écœurées par les réformes idéologiques des socialistes (suppression des langues anciennes, des classes bilangues). Brigitte, professeur de lettres classiques dans un établissement privé, c’était l’anti-Najat. Et Macron, son élève à la réussite exemplaire, incarnait l’espoir de toutes ces familles pour la réussite de leurs enfants ou petits-enfants. Ils ont symbolisé la verticalité de l’ascenseur de l’élitisme républicain rejeté par la gauche dans son égalitarisme outrancier et destructeur.

Macron a su jouer auprès d’une France seniorisée sur ces nostalgies de jeunesse vivaces mais sous-estimées. Le Monde, lors de son départ de Bercy en août 2016, le décrivait comme « un jeune qui plaît aux vieux ». Cela s’est confirmé dans les urnes : il a rassemblé massivement les retraités, qui ont fait sa révolution.

Macron était pour eux le fils ou le petit-fils qui allait enfin redorer le blason de la famille. L’aboutissement des remords et des nostalgies de nos anciens. Nos deux derniers Présidents essayaient de se rajeunir et de moderniser leur image avec leurs nouvelles compagnes, plus jeunes. Jusqu’au ridicule. Macron a capté l’attention, la sympathie et les nostalgies des têtes grises. Toute la com’ au sujet de son épouse et de sa grand-mère n’exprimait que cela.

C’est aussi cela, la verticalité Macron. Il suffisait d’y penser.

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