Un statut pour la première dame ? Bien sûr que oui ! Et celle-là le mérite !


Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

 

La suppression des emplois familiaux a été votée par l’Assemblée nationale et une méchante polémique, parce que le président de la République souhaiterait un statut pour la première dame – son épouse -, y verrait une grave contradiction qui révélerait l’hypocrisie du pouvoir. Faisant interdire ici ce qu’il s’autoriserait là.

L’emploi de la première dame, quelle qu’elle soit, n’est pas familial mais national et, davantage même, international.

L’épouse d’un président de la République, n’ayant pas été élue, doit évidemment se garder de toute influence politique au sens large – non pas seulement les choix fondamentaux mais la multitude de décisions, principalement les suggestions de nominations, dans le domaine culturel ou autre, qui risquent de faire perdre à l’État son objectivité au profit d’un favoritisme facilité par la vie conjugale.

Mais, une fois cette limite rigoureusement respectée – et on peut faire confiance à l’actuel couple présidentiel pour y veiller -, un statut pour la première dame n’est pas une mauvaise idée. À partir du moment où il légitimera et validera les moyens mis à sa disposition pour les tâches qui lui sont naturellement dévolues et celles qu’elle inventera et imaginera en les adaptant à sa curiosité et à ses envies.

Il est sain de ne pas laisser l’infrastructure – bureaux et collaborateurs – dont une première dame doit bénéficier dans un flou politique et financier, fluctuant et incertain, suscitant alors forcément le soupçon aigre des citoyens, mais de l’inscrire dans un cadre officiel et rigoureux.

Mais pour la mission elle-même, de grâce, qu’on ne caporalise rien. Ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy et, à un degré infiniment supérieur, François Hollande, avec Valérie Trierweiler, ne nous ont pas enthousiasmés sur leur compagnonnage ou leur conjugalité qu’il faut se méfier de toutes les premières dames.

Celle d’aujourd’hui n’aura besoin de rien ni de personne, en tout cas d’aucune réglementation, pour savoir ce qu’elle aura à accomplir et à se permettre, en pleine conscience de ses droits et de ses devoirs. Il faut compter sur sa liberté et son intelligence. Que les moyens soient clairement définis, mais qu’elle puisse évoluer comme elle l’entend dans son univers !

Emploi national et international. Oui, l’épouse du Président est capitale dans la représentation et l’apparence n’est pas vaine, qui conduit les Français à se sentir fiers ou non et le monde à admirer ou à se gausser.

L’épouse non élue d’un Président doit être, qu’on le veuille ou non, aussi discrète qu’elle soit, une part douce, honorable et gracieuse de la France.

Rien de moins, rien de plus. Mais c’est beaucoup.

Extrait de : Justice au Singulier

Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

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