Audio - Editoriaux - Le débat - Sciences - Société - Table - 4 janvier 2018

« Ce sondage révèle qu’on est très loin d’un large consensus pour la PMA sans père. »

La présidente de la Manif pour tous commente le sondage de La Croix indiquant que 60 % des Français seraient favorables à la PMA.

En fait, cela révèle une grande division de la société française, une forme de victoire de l’individualisme et du relativisme.

Mais on constate déjà une baisse des opinions « très favorables » à la PMA sans père car le sujet vient tout juste dans le débat. Si un débat transparent et équitable s’engage, alors il y a des raisons d’espérer.

Ludovine de La Rochère, avez-vous suivi ce nouveau sondage sur la PMA sans père ?

J’ai bien pris connaissance de ce sondage. Pour être très honnête, je n’ai pas été très surprise. Il y avait déjà eu une série de sondages avec exactement les mêmes questions par le même institut de sondage. Ils avaient été menés d’abord par une association de familles homoparentales et par un laboratoire appelé My-Pharma.info.
Cette majorité favorable à la PMA sans père est déjà connue et identifiée.
Cela signifie deux choses. Cela signifie d’abord une évolution de la société française dans un sens individualiste. C’est l’expression de la tendance à « J’ai le droit à » et « Mon droit y compris mon droit à l’enfant doit être reconnu ». C’est, certes, inquiétant sur l’état de la société française, mais je ne crois pas que ce soit totalement surprenant.
Cela signifie, par ailleurs, que la société française est très divisée puisqu’il y a 40 % des personnes opposées à la PMA sans père.
Emmanuel Macron avait dit : « Je légaliserai la PMA sans père s’il y a un large consensus. » Or, là, on est loin d’un large consensus.

Ce sondage intervient avant les états généraux de la bioéthique qui s’ouvrent le 18 janvier. Peut-il en influencer le résultat ?

Quand on regarde ce sondage plus dans le détail, pour ce qui concerne la PMA sans père, il y a une baisse importante entre septembre et décembre 2017 de la proportion de personnes tout à fait favorables. Cela veut dire que l’ouverture du débat dans l’espace public depuis la déclaration de Marlène Schiappa a quand même fait réfléchir une partie des Français.
Cela veut dire que, lorsque les Français sont interrogés à froid, sans y avoir réfléchi avant, beaucoup disent oui. En effet, on les interroge sur l’ouverture d’un droit, cela ne change pas leur vie et ils ne perçoivent pas les conséquences, donc ils ne s’y opposent pas.
En revanche, lorsqu’ils vont commencer à entendre parler des conséquences sur l’enfant, sur le père, sur la société, du détournement de la médecine, de la marchandisation, etc., on peut penser qu’il y aura une baisse assez nette de cette proportion de personnes favorables. En tout cas, je l’espère.
En 2012 et 2013, les sondages sur l’adoption par deux hommes ou deux femmes avaient évolué assez vite jusqu’à ce qu’on arrive à une situation de minorité favorable à l’adoption. C’est, d’ailleurs, à ce moment-là que François Hollande avait accéléré le processus législatif sur la loi Taubira, qui était déjà très avancé.
Ici, nous ne sommes pas encore dans un projet de loi et d’un débat parlementaire déjà très avancés. Nous sommes bien en amont d’un éventuel projet de loi. Il y aura des débats. On peut se demander si les débats seront bien réels, équitables, transparents, etc. C’est effectivement un enjeu très important.

Certains analystes disent que, comme pour l’avortement ou le mariage homosexuel, les gens qui sont opposés aujourd’hui à la PMA-GPA et l’euthanasie, demain, ne se sentiront plus concernés. Êtes-vous d’accord et comment expliquez-vous cela ?

Il y a une forme de relativisme et d’anesthésie des consciences. C’est évident.
Il y a également une pression extrêmement forte, une véritable propagande. Sur l’avortement, par exemple, la propagande quotidienne est extrêmement forte. Cette pression, cette propagande ont des conséquences sur un plan anthropologique.
Si, dans le sens contraire, nous pouvons nous exprimer, communiquer, parler, débattre, écrire, agir pour apporter d’autres arguments, on peut penser que les Français réfléchiront.
Il est néanmoins évident que lorsqu’une loi est votée, toute une partie du public que l’on peut qualifier de « légitimiste » ne se sent pas prête à remettre en cause une loi. Dans l’esprit de certains, remettre en cause une loi est excessif.
Cela s’explique par un manque de formation. La loi ne dit pas la morale, la loi n’est pas nécessairement le bon critère de décision et de discernement, en tout cas actuellement. Cela fait aussi partie des sujets dont il faut débattre.

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