Entretien - Politique

Jean-Frédéric Poisson : « Nous sommes ancrés dans une vision très raisonnablement nationale de la souveraineté »

Mercredi, à l’initiative de plusieurs personnalités politiques, notamment de Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate, et de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, la plate-forme des « Amoureux de la France » a été lancée.

Jean-Frédéric Poisson explique, au micro de Boulevard Voltaire, quels sont les objectifs et les ambitions de cette plate-forme. Il s’agit de configurer un espace politique, non pas autour d’une querelle de partis, non pas autour d’une querelle de personnes, mais autour d’idées. Des idées qui doivent constituer le projet pour le redressement de la France.

Jean-Fréderic Poisson, vous étiez présent ce matin à la présentation de la plateforme Les Amoureux de la France que vous lancez conjointement avec Nicolas Dupont-Aignan et d’autres personnalités. Pouvez-vous nous expliquer les objectifs de cette plateforme ?

Elle vise à constituer un projet politique qui a l’ambition d’être un vrai programme commun de gouvernement. Il affirme, comme nous au Parti Chrétien Démocrate et beaucoup d’autres Français, que la question de la contention de l’islam en France est un sujet qui doit être traité, que la France doit retrouver son indépendance au sein de l’Europe, que le contrôle des flux migratoires est une nécessité, de même que le traitement humain et digne des migrants qui sont sur notre sol, que l’humanisation du travail est un sujet politique et pas seulement un sujet de droit ou qui concerne les entreprises, et que l’écologie humaine doit être recentrée sur la dignité des personnes et la place de la famille dans les politiques publiques.

Une grande majorité de Français sont d’accord avec ces orientations. Ils n’ont pas la possibilité aujourd’hui de les faire valoir dans un espace politique structuré. Nous essayons de configurer cet espace politique non pas autour d’un jeu de partis, non pas autour d’une querelle entre des personnes, mais autour d’idées qui doivent constituer le projet de redressement dont la France a besoin.

Nicolas Dupont-Aignan disait qu’il s’agissait aussi de ne pas laisser la place à un pôle Macron-Mélenchon, de proposer une troisième voie et d’en faire quelque part la droite. Comment réagissez-vous à cela ?

C’est à la fois plus qu’une trosième voie et très sincèrement, il y a plus que des personnes de droite qui sont intéressées par ce projet. Je vois beaucoup de personnes qui sont de sensibilité de gauche qui n’acceptent ni la dérive gestionnaire du Parti socialiste ni la radicalité insupportable de La France Insoumise, qui sont opposées à la construction de la mondialisation telle qu’elle se profile et qui ne trouvent pas d’espace politique à gauche pour le dire. Le fait que nous soyons résolument ancrés dans une vision de l’économie régulée, dans une vision très raisonnablement nationale de l’indépendance et de la souveraineté des pays, parle aussi à des gens qui ne sont pas forcément de droite. La droite n’est pas le seul enjeu. Il faut apprendre à rassembler aussi là. C’est plus facile de le faire sur des idées que sur des formations politiques. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi la voie des idées.

Quant à l’opposition Macron-Mélenchon qui est mise en scène par le président de la République aujourd’hui, elle arrange tout aussi bien l’un et l’autre. Le débat politique ne peut pas se résumer à cette opposition de style. Il y a une autre manière de s’opposer à la souveraineté européenne, à la mondialisation en marche, au TAFTA, au traité Transatlantique et au multiculturalisme. Je viens de résumer le projet politique de monsieur Macron. Il y a une autre façon de s’y opposer que d’être à La France Insoumise et heureusement.

J’observe que pour s’y opposer, il faut être clair sur la question de l’islam, sur la question de l’indépendance et sur l’Europe, clair sur les flux migratoires, clair sur la famille et clair sur le travail.

Les Républicains vont bientôt élire leur futur président. Il y a quand même de grandes chances que Laurent Wauquiez soit élu. Les Républicains de Laurent Wauquiez ne pourraient-ils pas incarner un projet compatible avec les idées du PCD ?

Nous verrons ce que Laurent Wauquiez fera de son mandat. Au-delà de son élection, nous verrons la ligne politique qu’il choisira. Pour l’instant, j’observe que la fracture idéologique qui sépare tous les partis politiques, à part la mienne sans doute, se situe entre ceux qui sont attachés à la dignité humaine à toutes autres formes de considérations et ceux qui préfèrent la régulation soit par l’Etat soit par le marché. Cette ligne de fracture traverse le Parti socialiste, les Républicains et le Front national. Il y a donc une clarification idéologique à opérer chez les Républicains comme ailleurs. Que Laurent Wauquiez soit prêt à ces clarifications idéologiques, je le souhaite pour lui et pour la clarté du débat public. S’il l’opère, nous verrons bien dans quel sens il l’opère. A ce moment-là, nous verrons bien si nous sommes en situation de discuter avec lui. Nous le sommes certainement, car tous les sujets évoqués précédemment devraient être l’héritage d’une formation politique conservatrice de droite. Les Républicains ont refusé depuis longtemps de jouer ce rôle-là sur l’échiquier politique français. C’est dommage. C’est d’ailleurs une des raisons de leur déconfiture il y a quelque temps, de notre déconfiture en fait puisque nous l’avons partagée avec eux. Nous ne sommes plus associés avec Les Républicains depuis 6 ans. Nous avons certes des accords électoraux et de gouvernement, mais comme nous pouvons en avoir avec d’autres formations politiques désormais.

Comment avez-vous accueilli la mise au ban de Sens Commun ?

Il y a énormément de maladresse dans la manière avec laquelle le président de Sens Commun s’est exprimé. Il a payé cette maladresse au prix fort. Ce n’est pas la première. Ce n’est peut-être pas la dernière non plus. Il y avait beaucoup de présomption. Le fait de solliciter par voie de presse une personne sans l’avoir prévenue, je pense à Marion Maréchal, je trouve que c’est plus que maladroit, c’est impoli. Connaissant un certain nombre de personnes qui siègent dans les instances des Républicains, il ne fallait pas s’attendre à une autre réaction de leur part.
Nous y voyons aussi la conséquence du fait que la ligne politique des Républicains ne soit pas tranchée. Quand subsiste dans le même bureau politique des gens qui veulent exclure Sens Commun sur la seule base de cette interview à côté d’autres personnes qui veulent les maintenir montre qu’il y a deux problèmes. Le premier est la question de la relation avec le Front national. Visiblement, elle n’est pas tranchée. Le second porte sur ce que défend Sens Commun. Je n’ai rien à dire là-dessus. Ils le font de manière sincère. Mais il y a la question de la compatibilité avec le projet des Républicains. Il y a plus qu’une ambiguïté sur leur ligne politique.
Le seul commentaire que j’ai à faire est que cette communication était extrêmement maladroite, que les conséquences étaient prévisibles, et que cela pose de façon intégrale la question de la ligne politique des Républicains sur un certain nombre de sujets essentiels.

En ce qui nous concerne, avec tous les Amoureux de la France, et tous ceux qui ont participé ce matin à cet événement, nous avons tranché ces questions. C’est la raison pour laquelle, en dépit des nuances que nous sommes capables d’exprimer sur tel ou tel sujet, c’est plus facile pour nous, car nous sommes d’accord sur les principes.

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